Half Moon Run: alunissage au Pigeonnier

S’il fallait chercher un hic à ce concert, c’eut été à propos de l’intensité du parcours musical dans lequel le groupe nous a entraînés.
Photo: Francis Vachon Le Devoir S’il fallait chercher un hic à ce concert, c’eut été à propos de l’intensité du parcours musical dans lequel le groupe nous a entraînés.

Nous ne voyions qu’eux sur scène, les quatre spectaculaires musiciens du groupe montréalais Half Moon Run, mais eux n’avaient certainement pas d’yeux que pour nous, dix mille festivaliers entassés au Pigeonnier du Festival d’été de Québec : ils n’avaient qu’à porter leur regard derrière nous, un peu plus haut et droit vers l’ouest, tout au bout de la Grande Allée, pour admirer une resplendissante demie-lune de belle soirée d’été. Avoir été astrologue, on aurait dit que c’était un signe : cette soirée leur appartenait.

Pour une deuxième soirée de suite, après le concert d’Éric Lapointe la veille sur la même scène d’un parc de la Francophonie aménagé pour accueillir dix mille spectateurs, on affichait complet avant le début du concert d’Half Moon Run. Des festivaliers ont dû être refoulés vers la nouvelle scène devant la fontaine de Tourny, où le concert était relayé sur grand écran – voilà le genre de succès de foule qui pourrait donner des idées à quiconque voudrait, par exemple, remplir un aréna flambant neuf de mélomanes, tiens donc.

On ne vous fera pas de cachotteries, Half Moon Run a donné tout un concert. Soit, depuis leurs débuts, les gars ont toujours bien paru sur scène (mieux encore que sur disque, en ce qui nous concerne), mais là, attention, c’était du sérieux. La machine est superbement bien huilée, rompue aux festivals extérieurs depuis quelques années déjà – ils étaient d’ailleurs invités au prestigieux festival britannique Glastonbury il y a trois semaines.

Tout ce qui fait le charme du groupe semble ainsi magnifié lorsqu’ils jouent devant public. Les harmonies vocales au point, cette manière toute naturelle qu’on les musiciens de passer d’un instrument à l’autre, de savoir proposer leurs chansons acoustiques et leurs chansons rock, d’agrémenter leurs ambiances de mandolines ou de synthétiseurs, avec un sens du groove opportun.

Half Moon Run a lancé le bal avec un doublé extrait de leur plus récent album Sun Leads Me On (2015) : la saccadée Turn Your Love, puis le lent crescendo folk-rock fertilisées aux harmonies de voix I Can’t Figure Out What’s Going On. Les fans ont plus vivement répondu aux chansons du premier disque, Dark Eyes (2012), qui ont suivi : les ouh-ouh caractéristiques de Nerve et la mémorable Call Me in the Afternoon, accompagnée par vingt mille mains battant le rythme. « Si jamais vous voulez danser, c’est le temps ! », a-t-on proposé aux fans.

S’il fallait chercher un hic à ce concert, c’eut été à propos de l’intensité du parcours musical dans lequel le groupe nous a entraînés. Après l’inédite Unofferable, la « radioheadesque » It Works Itself Out et celle qui a fait danser la foule, on a ressenti un petit relâchement dans l’énergie, relâchement qui a s’est inutilement étiré sur trois ou quatre chansons. Beaucoup de ballades folk-pop, jolies, bien sûr, mais on avait hâte que le Half Moon Run qui fait travailler ses deux batteurs/percussionistes se ramène sur scène. Ce qu’ils ont fait pour le dernier droit de ce spectacle qui avait tout l’air d’une consécration de la part du public du Festival d’été de Québec.

 
Jesse Mac Cormack
 

On espère que Jesse Mac Cormack a vu ce concert de Half Moon Run, et qu’il a pris quelques notes. Le jeune Montréalais officiait en début de soirée sur cette même scène, devant une foule un peu plus dispersée.

Il a un véritable talent, Mac Cormack, une belle voix, au propre comme au figuré. Il a aussi risqué deux inédites sur les six chansons qu’il nous a présentées, s’extirpant même de ses douces et déchirantes ambiances pour faire rugir, avec beaucoup de goût et d’imagination, sa guitare électrique, dans une performance plus blues-rock que folk atmosphérique.

Là où ça coince, c’est dans l’attitude : lui sur scène, nous devant, mais jamais ensemble. Toujours dans sa petite bulle, quelques rares mots adressés à la foule, comme s’il jammait avec ses chums en studio, inconscient du public qui l’observe. « Y’a-tu quelqu’un ? », a-t-il demandé au milieu de son concert, qui a duré un peu plus d’une demie-heure. S’il s’était donné la peine d’essayer de partager un peu mieux son oeuvre, il n’aurait pas eu besoin de poser la question. Ce fut comme un rendez-vous manqué, dommage.

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