Entrer dans la danse aux plaines d’Abraham

Kaskade, le poids lourd du house progressif
Photo: Festival d'été de Québec Kaskade, le poids lourd du house progressif

Ce mercredi soir, le Festival d’été de Québec fera des plaines d’Abraham un vaste plancher de danse avec son événement ElectroFEQ mettant en vedette le poids lourd du house progressif Kaskade et les Québécois Lucky Rose et Adventure Club, qui eux tentent de se tailler une place sous le soleil de l’Electronic Dance Music (EDM), scène que plusieurs estiment aujourd’hui en déclin après avoir atteint son apogée il y a deux ou trois ans. Quel avenir pour ces jeunes talents et pour la soirée EDM du Festival d’été de Québec ?

Au bon moment

« On a embarqué au bon moment », croit le directeur de la programmation du FEQ, Louis Bellavance. En 2012, il avait placé avec succès Skrillex sur la grande scène des Plaines, confirmant ainsi l’appétit des festivaliers pour une affiche électronique grand public. Cinq ans plus tard, le directeur perçoit aussi les signes d’essoufflement de l’EDM : « Y’a eu un gros boom pour cette musique, mais c’est effectivement peut-être en train de se calmer. Nos soirées ElectroFEQ ont été un succès depuis le début, mais au final, c’est toujours le public qui aura le dernier mot. »

Ça a l’air facile, lorsque tu compares ça au rock progressif, mais partir de rien et composer une chanson de a à z, c’est compliqué

 

Pour les plus pessimistes, la faillite du conglomérat SFX Entertainment annoncée en février dernier sonnait la fin de la récréation EDM — pour les marchés européens et nord-américains, à tout le moins, puisque d’autres fondent plutôt leurs espoirs de croissances sur les marchés émergents. Fondée en 2012 par l’entrepreneur américain Robert F.X. Sillerman, l’entreprise, productrice d’une centaine de festivals à travers le monde, s’était rapidement imposée comme le géant l’industrie mondiale de la musique électronique, dont la valeur était estimée à environ 6,9 milliards de dollars américains l’an dernier.

Nourrie par l’intérêt du public à l’endroit des mégafestivals électro, cette scène qui mise sur le tape-à-l’oeil des événements semble justement sur le point de se dissoudre dans sa propre démesure : la concurrence entre événements s’accentuant, les cachets versés aux artistes n’ont cessé d’augmenter et les coûts de production grimpent en flèche. Le public montre déjà des signes de lassitude, la vente de billets pour ces festivals étant en baisse dans plusieurs importants marchés des États-Unis depuis quelques mois.

Une mode

Puis, il y a ce constat tout simple : les modes, par définition, ne sont pas faites pour durer. Au faîte de l’EDM il y a quelques années, Skrillex menait le cortège avec sa version du dubstep, tonitruante et répétitive cavalcade de build-ups et de drops, modèle musical qui a inspiré — et rendu populaire sur le circuit des festivals — le duo montréalais Adventure Club. Aujourd’hui, l’étiquette en vogue est le moins bruyant tropical house, dont se réclame le jeune Lucky Rose, originaire de la capitale.

« J’ai appris à apprécier l’EDM quand j’ai commencé à jouer avec Fruity Loops », populaire logiciel de composition musicale, dit Vincent Carrier, alias Lucky Rose. Amateur de rock progressif et de métal, le musicien originaire de Québec s’est intéressé à la production en studio, puis aux compositions de David Guetta et Tiesto. « Ça a l’air facile, lorsque tu compares ça au rock progressif, mais partir de rien et composer une chanson de a à z, c’est compliqué », ajoute-t-il.

L’automne dernier, sa chanson aux tons tropical house The Way You Want Me (avec la voix du chanteur Yan Etchevary) a attiré l’attention : elle compte plus d’un million d’écoutes sur Spotify, environ 600 000 sur YouTube. L’usine à succès dance Ultra Records (Calvin Harris, Omi, David Guetta) lui a offert un contrat. Le concert qu’il donnera ce mercredi soir est l’un de ses premiers dans sa jeune carrière.

« Ce que je voudrais, c’est gagner ma vie en produisant pour d’autres artistes. La scène EDM change vite, le truc, je crois, c’est d’être capable de s’adapter, être à l’affût des nouveaux sons, et idéalement d’arriver avec de nouvelles idées. »

Une longueur d’avance

Les Montréalais Leighton James et Christian Srigley, qui forment Adventure Club, ont déjà une longueur d’avance sur leur collègue Lucky Rose : formé il y a six ans, le duo a réussi à gagner ses fans en disséminant des chansons à succès et des remixes sur le Web — paru en 2011, leur remix de Crave You de Flight Facilities a été écouté plus de 50 millions de fois sur YouTube. Après le concert, le duo s’envole pour le festival Ultra Europe en Croatie, puis jouera au Lollapalooza de Chicago le 31 juillet. « À voir l’enthousiasme des gens lorsqu’on joue dans les festivals, on n’a vraiment pas l’impression que la scène EDM se porte mal », assure Leighton James.

« On a un bon bassin de fans au Québec, mais c’est surtout aux États-Unis que notre public se trouve », dit Christian. Le duo n’a même pas encore d’album sur le marché, seulement un EP de quatre titres !

« Le disque s’en vient, très bientôt, je te promets. Même si on n’a pas beaucoup de chansons originales, notre son cadre avec ce qui marche sur la scène aujourd’hui. Aussi, notre succès s’explique par notre “ branding ”, la manière dont on se présente sur le Web. Ce qui sera bien avec l’album, c’est se donner l’occasion de montrer qu’on expérimente à l’intérieur de cette scène, et montrer qu’on est capable d’amener de nouvelles idées à cette musique. » Et à quoi s’attendre de leur performance au FEQ ? « Une montagne russe auditive ! On va passer de rythmes à faire sauter en l’air à des passages plus mélodieux et groovy. »

Consultez tous nos textes sur le Festival d'été de Québec