Le Quatuor Jupiter: digne de confiance

Le Quatuor Jupiter
Photo: Merri Gyr Le Quatuor Jupiter

Pour ses 39e et 40e éditions (en 2017), le Festival de Lanaudière a planifié une intégrale des Quatuors à cordes de Beethoven. La proposition artistique est intéressante. Alors que les noms des Quatuors Artemis, Takács, Pacifica (puis Miró, Zemlinsky, Prazak, Jérusalem, Belcea et bien d’autres) viennent en priorité à l’esprit pour mener une entreprise d’une telle envergure, le festival a fait confiance au Quatuor Jupiter, une formation américaine de moindre notoriété, formée en 2001.

Aiguisant ainsi notre curiosité, le premier concert de la série revêtait un enjeu particulier : le Quatuor Jupiter serait-il à la hauteur des formations de prestige que parviennent à attirer Pro Musica, le Ladies’ Morning Musical Club, la salle Bourgie, et les divers festivals de musique de chambre à Montréal et Ottawa ?

Dès le Quatuor opus 18 n° 6, un excellent choix pour entamer une intégrale, le Quatuor Jupiter s’est montré digne de la confiance placée en lui par le festival. Certes, les Jupiter (deux soeurs et le mari de l’une d’elles, renforcés par Nelson Lee, un très solide 1er violon) n’ont pas la fulgurante qualité individuelle de leurs mentors, les Takács, l’incroyable subtilité des Artemis et des Prazak, ou la pulpe des Emerson, mais l’approche musicale est très volontaire, la cohésion et la justesse, excellentes. Le violoncelliste au son chaleureusement boisé donne un semblant de touche distinctive à l’ensemble : ses interventions dans l’Opus 132 avaient du caractère.

Les Jupiter respirent de concert et osent une accentuation très puissante, tant dans le Scherzo de l’Opus 18 n° 6 que dans les mouvements 1 et 3 de l’Opus 95. Les bémols dans l’appréciation sont des petits détails. Ainsi, on peut imaginer le trio du 3e volet de l’Opus 18 n° 6 moins stressé et abordé dans un esprit post-Haydn. De même, l’allegretto final n’a pas ce petit détachement viennois qu’on aimerait y dénicher. Les Jupiter sont trop occupés à empoigner la musique, ce qui, dans Beethoven, vaut toutefois bien mieux qu’une approche attentiste ou décorative.

Pour l’Opus 132, l’un de ces Everest qui établissent les hiérarchies susdécrites, impossible de ne pas songer à la sublime prestation des Emerson à la salle Bourgie en mai 2015. Malgré la concentration et la tenue impeccable des Jupiter, nous étions tout de même un bon cran en dessous en matière de chair et de coulée d’un tempo ou d’une nuance à l’autre.

Cela dit, je ne doute pas que les Jupiter mèneront à bon port une intégrale de très honorable niveau.

Intégrale des quatuors de Beethoven (Concert 1)

Quatuors op. 18 n° 6, op. 95 et op. 132. Quatuor Jupiter. Église de la Purification de Repentigny, lundi 11 juillet 2016. Suite de l’intégrale : mardi à Saint-Paul de Joliette et jeudi à l’église de Sainte-Mélanie.