De l’ombre à la lumière

Marie-Ève Roy
Photo: Francis Vachon Le Devoir Marie-Ève Roy

C’est presque à un accouchement auquel nous avons assisté hier soir dans la nouvelle salle du District Saint-Joseph : Marie-Ève Roy donnant naissance sur scène aux frêles chansons de son premier album solo, Bleu Nelson, paru l’hiver dernier. Un labeur acquitté non sans quelques douleurs, mais son spectacle fut accueilli avec autant de tendresse qu’elle en a mis à peaufiner ses compositions.

Nouvelle administration dans la salle du Petit Impérial, coincée entre le gros et la salle du Cercle, et nouveau nom : le District, que la direction artistique du Festival d’été de Québec a dédié à la relève et aux découvertes (comme à la salle de l’Anti, d’ailleurs). Bien entendu, on ne saurait qualifier Marie-Ève Roy d’artiste de la relève, elle qui compte déjà plus d’une quinzaine d’années de métier au sein du groupe punk Les Vulgaires Machins, mais on peut aisément dire que son travail en solo, lui, est une découverte qu’on vous invite à faire sans hésiter.

Bleu Nelson est un album étonnant de chansons acidulées, baignées dans des arrangements pop vaguement rétro faits de guitares électriques, de piano et de synthés, servies par une artiste qu’on a mieux connue dans un contexte plus tapageur. Le concert de dimanche n’était que son second, la glace ayant été brisée sur une scène extérieure des FrancoFolies, il y a près d’un mois. On devine que l’intimité de ses compositions s’apprécie mieux dans une petite salle que sur une scène extérieure.

Accompagnée de trois musiciens (Jonathan Bigras à la batterie, Jean-Luc Huet à la guitare, Dany Placard à la basse électrique), Roy a cherché le bon équilibre entre ses repères punk d’antan et le climat doucereux qu’elle a installé sur Bleu Nelson. Les musiciens, eux, cherchaient comment donner corps aux chansons sans brusquer la voix calme de la chanteuse, qui passait du piano à la guitare électrique d’une chanson à l’autre. Parfois, l’harmonie était à point sur scène, comme pendant Larmes de joie ; ailleurs, comme sur la langoureuse Le monde est triste à Radisson, l’orchestre jouait avec un brin trop de rudesse, et les nuances du travail de Julien Mineau (de Malajube), coréalisateur de l’album, nous manquaient.

Il y a néanmoins quelque chose d’extraordinaire de pouvoir entendre un projet comme celui-là faire ses premiers pas sur scène, titubant à l’occasion, mais rempli de promesses. Les erreurs sont toutes aussi fascinantes que les belles charges d’émotions qui accompagnent les mots, plutôt chagrinés, de Marie-Ève Roy. Entre les chansons, elle cabotine un peu pour désamorcer l’atmosphère ombrageuse de ses textes, et va même nous surprendre d’une reprise inattendue : Simply the Best de Tina Turner, version bilingue en plus, jouée comme une ballade, seule au piano, quelle brillante idée. Un spectacle à revoir.

Salut soleil !

Vous savez ce qu’il y a de formidable à Québec ? La radio. CHYZ, la radio universitaire, sur le 94,3 FM, puis CKIA, sur le 88,3 FM, les deux fréquences à syntoniser pour de la bonne musique et des découvertes.

Pas besoin d’être chanceux pour tomber sur une émission reggae-dancehall sur un de ces deux postes, on a même l’impression que la majorité de leurs programmations sent bon la Jamaïque — ou bien nous sommes vraiment chanceux de tomber souvent sur un bon riddim lorsqu’on syntonise ces chaînes. Tout ça pour dire que le reggae à Québec fonctionne merveilleusement bien, qu’il y a un public pour ces grooves tropicaux, et celui-ci a répondu à l’appel du festival qui a programmé une soirée reggae, place d’Youville.

En mettant les pieds hors du District, surprise : le soleil, qu’on voyait pour une première fois depuis le début du Festival d’été de Québec. Ça ne pouvait mieux tomber, on s’en allait voir Esco Levi, la star du reggae canadien, et surtout Protoje, un des singjays les plus en vue sur la scène reggae internationale. On ne s’est pas trompé, dès 19 h 30, la place d’Youville était bondée. Le Canadien a fort bien fait, mais c’est Protoje qu’on attendait, lui qui venait présenter ses succès et quelques chansons de son nouvel album.

Protoje n’a pas une grande voix, ni même une présence scénique impressionnante. Il a, par contre, un groupe d’accompagnateurs solides comme le roc, des chansons qui ont fait leur marque sur les palmarès reggae (sa plus grande est Kingston be Wise, qu’il a jouée à la fin) et surtout un style versatile. Adepte du nu-roots, il amalgame ses rythmiques chaloupées au hip-hop, sachant rapper avec autant de justesse qu’il sait chanter de fameux refrains.

Noyés dans la basse jusqu’aux oreilles, on a tout encaissé des accrocheuses chansons de Protoje, de I&I en ouverture à l’efficace Protection, dans laquelle il a inséré quelques strophes de Police in Helicopter, grand classique des années 80 de feu John Holt, jusqu’à la gigantesque Who Knows (duo avec Chronixx) jouée en fin de parcours. C’est la fin d’un week-end pluvieux que le Jamaïcain nous a invités à fêter, et la promesse du soleil à venir dans les prochains jours.

 

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