Lanaudière: une ouverture dans le froid

Sur scène, un orchestre composé «ad hoc» avec des musiciens disponibles en juillet et Alain Lefèvre
Photo: Christina Alonso Sur scène, un orchestre composé «ad hoc» avec des musiciens disponibles en juillet et Alain Lefèvre

La pluie balayée par le vent et une température pour le moins frisquette (autour de 13 ou 14 degrés) ont privé le Festival de Lanaudière de la grosse assistance espérée pour l’ouverture du Festival 2016. Certes, le parterre, abrité, était fort bien rempli, mais seuls une centaine de téméraires, dûment salués par Alain Lefèvre, occupaient la pelouse détrempée.

L’amphithéâtre Fernand-Lindsay accueillait le gratin pour l’occasion : les anciens premiers ministres du Canada et du Québec Jean Chrétien et Bernard Landry ; trois députés fédéraux ; la ministre Julie Boulet ; Véronique Hivon, députée du lieu et aspirante à la direction du Parti québécois, ainsi que Monique Jérôme-Forget, dont le rôle dans la décision de construire la Maison symphonique de Montréal a été déterminant.

Sur scène, un orchestre composé ad hoc avec des musiciens disponibles en juillet et Alain Lefèvre. Il y avait aussi un chef, Gregory Vajda, dont je me suis demandé, pendant les trois quarts du concert, consacrés à Tchaïkovski, ce qu’il faisait là, pourquoi il avait choisi ce métier et s’il y prenait du plaisir.

Gregory Vajda s’est contenté — au fond, aussi dans les Fêtes romaines, mais l’oeuvre de Respighi est si intrinsèquement spectaculaire que cela paraissait moins — de régler la circulation des notes et des phrases. Ce métronome géant, efficace, semblait dénué de la moindre source d’inspiration pour faire ressortir élans fougueux, phrases généreusement chantantes ou climats prenants.

Marge de manoeuvre

Mais, au fond, quelle est la marge de manoeuvre d’un chef face à un orchestre constitué pour l’occasion ? Probablement qu’assurer la cohésion de toutes ces bonnes volontés et la présentabilité de l’ensemble est déjà une sorte d’exploit en soi. Se pose alors la question de la « festivalité » de la chose, puisque fêter, c’est « améliorer l’ordinaire », comme le montrent bien les festivals du jazz, de la chanson et du rire. Force est de constater que la programmation d’un festival classique, ici, est une mission fort délicate, puisque l'« ordinaire », à Montréal, est de très haute qualité. Un musicien en tout cas n’a pas manqué de nous livrer un festival : le timbalier Hugues Tremblay (percussionniste à l’OSM) nous a régalés toute la soirée d’une prestation exceptionnelle à tous les étages.

Ce que nous avions aussi, pour la première fois depuis plusieurs années à Lanaudière, c’était un vrai programme festif en ouverture. Sachant que la seconde partie était dévolue à Roméo et Juliette et aux Fêtes romaines, une appréciable amélioration eût été de commencer le concert par le succinct, efficace et fort à-propos Capriccio italien de Tchaïkovski en lieu et place de l’interminable pensum (surtout dans une interprétation terne) qu’est La tempête.

Retenue et prudence

En dépit de leurs effusions, Alain Lefèvre et Gregory Vajda ne semblaient pas avoir grand-chose à se dire dans le 1er Concerto, comme en témoignaient quelques décalages, surtout dans le 1er mouvement. L’approche était plutôt retenue et prudente sans que l’on puisse deviner si le chef protégeait le pianiste ou si le soliste n’arrivait pas à bouger un orchestre passablement inerte. On entendait de temps en temps ici et là des choses étranges, comme le phrasé de la flûte au début d’un 2e mouvement jamais vraiment « semplice ».

Par contre, on peut toujours compter sur Alain Lefèvre pour emballer le tout dans un spectaculaire paquet cadeau par un déchaînement final spectaculaire et débordant qui fait lever la foule. Ce fut fait. Pour le reste, j’ai plus d’affinité avec le pianiste dans le 2e Concerto de Rachmaninov, qu’il me semble avoir bien plus naturellement dans les doigts, que dans le 1er Concerto de Tchaïkovski.

Cela dit, froid et pluie auront largement suffi à rendre la soirée inoubliable en soi.

Alain Lefèvre joue Tchaïkovski

Concert d’ouverture du Festival de Lanaudière. Tchaïkovski : La tempête, Concerto pour piano no 1, Roméo et Juliette. Respighi : Fêtes romaines. Alain Lefèvre (piano), Orchestre du Festival, Gregory Vajda. Amphithéâtre Fernand-Lindsay, samedi 9 juillet.

1 commentaire
  • Louise Melançon - Abonnée 11 juillet 2016 15 h 33

    A Orford, c'était mieux!

    Vous auriez été mieux servi au concert d'Orford, samedi soir... Le Nouveau Quatuor Orford nous a éblouis encore une fois!...