Même la virtuosité a été humaine

J’ai vu le dessus de la tête de Brian Wilson s’ouvrir comme un couvercle et des sons de toutes les couleurs en sortir, entourés de milliers de sourires.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir J’ai vu le dessus de la tête de Brian Wilson s’ouvrir comme un couvercle et des sons de toutes les couleurs en sortir, entourés de milliers de sourires.

On peut être émouvant sur le même accord tout le temps (Cat Power). On peut être émouvant et ne pas bouger du tout (Brian Wilson). On peut être émouvant et virtuose (Tommy Emmanuel). On peut être émouvant et surprenant (Joe Jackson). L’important, c’est d’atteindre, de rejoindre, et des artistes en tous genres y sont parvenus, cette année au FIJM.

Le moment du soupir de soulagement. Ouf, Cat Power était dans l’un de ses soirs de bonne humeur. Même pas de problème de son pour la mettre en rogne. En retour, le Métropolis a été attentif jusqu’à la vénération.

Le moment concluant de l’essai en soufflerie. Un Rufus Wainwright en voix peut décoiffer un orchestre symphonique au grand complet. Je ne donnerais pas cher de Donald Trump et son toupet.

Le moment que personne n’a vu venir. Joe Jackson s’offrant le Big Yellow Taxi de Joni Mitchell comme si la grandissime dame avait grandi à La Nouvelle-Orléans plutôt que dans les Prairies.

Le moment surréaliste. J’ai vu le dessus de la tête de Brian Wilson s’ouvrir comme un couvercle et des sons de toutes les couleurs en sortir, entourés de milliers de sourires. Ai-je rêvé à Wilfrid-Pelletier ? Et si c’était la stricte vérité ? Je le jurerais.

Le moment où l’on comprend tout. La virtuosité n’est pas une fin en soi, mais un moyen de toucher à la fois au coeur, à la terre ferme et au ciel. À égale dextérité, c’était ce qui distinguait Tommy Emmanuel avec sa guitare d’un Jake Shimabukuro avec son ukulélé.

Le moment paranoïaque. La fouille plus que douanière à l’entrée de Wilfrid, comme exigé par Noel Gallagher et ses Oisillons. Deux soirs auparavant, rien : un tank Sherman de la Deuxième Guerre mondiale passait, pour peu que le conducteur ait son billet. Faut croire que personne n’en veut à Brian Wilson.

Le moment générationnel. Dix chansons sur vingt, c’était les belles d’Oasis au spectacle du Noel Gallagher’s High Flying Band, et les gens étaient non seulement reconnaissants, mais profondément heureux. Ce n’est pas rien.