Entre la mère terre et le groove 2.0

Fwonte en spectacle extérieur
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Fwonte en spectacle extérieur

Du flamenco sans zone fixe, des chansons terriennes et vives, du soul et du groove plein les tripes, un guitariste qui adoucit une fanfare, du reel solaire : voici mon FIJM.

Le moment du flamenco réel et inventé. Dorantes et Renaud Garcia-Fons en duo de piano et contrebasse. Du flamenco, ils retiennent les palos, les grondes, la profondeur et les inflexions mélodiques, mais en sublimant le duende et en rendant le genre parfois céleste.

Le moment du prix dédié à sa terre qui s’appelle Oaxaca. Lila Downs. Lauréate du prix Antonio-Carlos-Jobim, la formidable chanteuse a offert un spectacle très mexicain, sous le signe de la mère terre et des réalités sociales. En toute intimité ou avec une force remuante.

Le moment du groove 2.0. Samito. La voix stellaire plongée dans l’électro-rock, la note traînante au bout des doigts, les mots de la bouche du peuple du Mozambique, les petits effets atmosphériques, la pulsion funk, la décontraction à la brésilienne… Quel potentiel !

Le moment de la légende vivante. Orlando Julius the Afrosoundz. Il revient de loin et, avec son large sourire, ses rythmes qui roulent de son Nigeria natal ou les notes de son saxo qu’il aime étirer et répéter souvent, il navigue entre afrobeat et musiques plus champêtres. C’est succulent.

Le moment des ondes turques. Pendant que les gens déambulent au kiosque de la scène Turkish Airlines le lendemain des attentats à l’aéroport d’Istanbul, une caissière souffre discrètement. Le samedi au même endroit, Baba Zula offre une ode mordante aux victimes.

Le moment du guitariste qui fait voyager la fanfare. Adrian Raso et la Fanfare Ciocarlia. Dans leur genre, ces Roms de la Roumanie ont la réputation d’être les plus rapides au monde, mais le guitariste canadien les propulse vers Paris manouche, Nashville et le swing des années 1930. Un savoureux mélange, parfois même sans les cuivres.

Le moment du créole. Malika Tirolien et Makaya. Ces deux splendides artistes montréalais se produisaient au même moment. Afro soul jazz funk superbement affirmé chez Malika ; brillante relecture des racines haïtiennes chez Makaya.

Le moment du « summum », dit un spectateur à ses voisins. L’Orchestre Tropicana d’Haïti. C’est aussi l’institution avec une âme, le big band des héritiers et le bal familial contagieux. Ayibobo !

Le moment du «set» solaire. Maz. Entre le trad, le jazz modal, la science-fiction, l’électro et les étoiles, le groupe montréalais réinvente une façon de voir l’identité. Applaudissements nourris.

Le moment de l’instrument qui passe à travers le temps. Krar Collective avec sa lyre éthiopienne ancestrale, électrifiée et à l’effet hypnotique.

Le moment de saluer aussi. Carlos Placeres, Céu, Daby Touré, Fwonte, Helsinki Cotonou Ensemble, Mashrou’Leila et Quique Escamilla.