Noel Gallagher’s High Flying Birds, le conventum de la génération britpop

Noel Gallagher a donné à ce public très majoritairement composé de ces trentenaires fans d’Oasis les chansons qu’ils voulaient.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Noel Gallagher a donné à ce public très majoritairement composé de ces trentenaires fans d’Oasis les chansons qu’ils voulaient.

C’est tout à fait bon en soi, le Noel Gallagher’s High Flying Birds. N’avoir pas su qu’il a déjà fait partie d’un autre groupe et pas n’importe lequel, ce type qui causait aux gens des rangées d’en avant sans se soucier qu’il y avait un plein Wilfrid derrière qui attendait la prochaine chanson, on n’aurait pas pensé : toujours aussi mal élevé, le frérot de l’autre. Le Noel Gallagher’s High Flying Birds propose du psych-pop de teneur supérieure, rien à redire, il n’y avait qu’à se laisser flotter : Riverman, ça vous emporte dans le courant, on est en même temps en 1968 (au temps du premier album de Status Quo, disons, Pictures Of Matchstick Men) et maintenant. Ça tient son bout de bateau, dans le genre, Gallagher l’aîné offre une baignade pas moins pleine de bulles qu’un Ray LaMontagne ou Tame Impala.

Seulement voilà, c’est le Noel Gallagher d’Oasis. L’un des Gallagher d’Oasis : l’autre, c’est Liam, il s’en trouvera dans la foule pour le lui rappeler. Eh ! C’est que ça a compté double, Oasis. En ce samedi, dernier soir du Festival international de Montréal, c’est un peu beaucoup Oasis en la personne de Noel Gallagher qui a rempli Wilfrid-Pelletier. C’est un peu beaucoup le conventum de la génération britpop, et c’est normal. C’est mathématique : ceux qui avaient 15 ans en 1995-1996 et qui ont promené (What’s The Story) Morning Glory dans leur Walkman en chantant très fort Wonderwall ont maintenant atteint la mi-trentaine, l’âge officiel de la prise de conscience de la finalité de la vie et, réflexe humain très humain, du regard attendri dans le rétroviseur.

Pas le mauvais cheval, malgré ses airs et ses manies de petite frappe, Noel Gallagher a donné à ce public très majoritairement composé de ces trentenaires fans d’Oasis les chansons qu’ils voulaient, et il a dûment retraité de quelques pas pour laisser tout le monde entonner le refrain de Champagne Supernova. Il a ainsi chanté et joué Fade Away, Talk Tonight, D’Yer Wanna Be A Spaceman, Half The World Away, Listen Up et ainsi de suite jusqu’à l’incontournable et non contournée Wonderwall : la moitié du spectacle du Noel Gallagher’s High Flying Birds revisitait Oasis, à la manière Oasis.

Noel Gallagher n’est pas le premier à s’approprier un riche répertoire jadis partagé, un McCartney s’est institué Beatles à tout seul depuis des décennies de tournées, mais ça surprend un peu plus : je pensais à tort que cette tête dure n’aurait fait qu’à sa tête dure et qu’il aurait joué du neuf et seulement du neuf, et des reprises, et donné Champagne Supernova en aumône à la fin, avec un brin de dédain. Pas du tout ! Noel Gallagher a été généreux. Les versions étaient parfaites, avec les harmonies et les strummings de guitare acoustique là où il fallait, la transe d’époque plus que respectée. C’est tout à son honneur. Les gens étaient ravis.

Je lui reprocherai seulement ceci : les consignes de sécurité à l’entrée. À sa demande expresse. On se serait crus à l’aéroport de Bagdad : allez qu’on vous tâte les poches, allez qu’on brandit le bâton détecteur, allez tournez-vous (je ne me suis pas tourné, j’ai refusé, la très débrouillarde organisation du festival m’a fait passer par une porte dérobée). La file des spectateurs s’allongeait jusqu’à la rue Sainte-Catherine (presque), fallait y mettre le temps. J’en parle parce que c’est une exception, au FIJM : il y a déjà beaucoup de préposés à la sécurité, on sait faire. Tragédie au Bataclan ou pas, tuerie à Orlando ou non, dans une salle de spectacles au Québec, on ne devrait pas céder à la paranoïa grimpante d’un gars qui a vécu trop longtemps dans son oasis.