L’insubmersible rap au FEQ

Impérial, Ice Cube s’est pointé à 22 h tapantes pour ce voyage dans l’histoire du rap américain. 
Photo: Francis Vachon Le Devoir Impérial, Ice Cube s’est pointé à 22 h tapantes pour ce voyage dans l’histoire du rap américain. 

Soir de grande vadrouille dans les rues de la Capitale hier qui nous a mené de la pop de TOPS sur la nouvelle scène extérieure du parc de la Francophonie aux assauts de basses fréquences des rappeurs Rae Sremmurd, Travis Scott et Ice Cube sur les Plaines d’Abraham, puis à la décharge punk en bas de la côte, au complexe La Méduse, pour le concert de clôture du Festival OFF avec Les Goules. Seul regret durant notre escapade : ne pas avoir prévu de vêtements de rechange.

Le ciel de Québec n’avait pas changé de couleur — un camaïeu de gris — depuis la matinée lors de notre arrivée à 18 h sur les lieux de cette chouette nouvelle scène gratuite plantée devant la fontaine de Tourny, en face du Parlement. Ceci expliquait la foule dispersée qui attendait le quatuor pop montréalais TOPS, associé à l’étiquette Arbutus.

Étions-nous au moins une quarantaine de spectateurs devant ces jeunes apôtres de la chanson à guitare et synthés dont raffolaient les radios populaires des années 80 ? TOPS lançait en 2014 l’attachant Picture You Staring, collection de fragiles refrains accrocheurs cousus de cordes de guitares électriques scintillantes, de rythmiques chaloupées et de claviers vintages.

En concert, la proposition est toute aussi sympathique quoique pas toujours au point, comme si les nappes de claviers qui enrobent si bien les chansons de l’album étaient réduites à une trop discrète présence. Heureusement, la section rythmique est toujours aussi efficace, et on tombe encore sous le charme de la voix juvénile de la chanteuse Jane Penny. Comme nous le public a apprécié en dépit de la pluie qui s’est invitée pendant leur tour de chant.

Du rap sur les Plaines

Courant à l’abri sous les arbres du jardin du Parlement, nous avons un instant considéré prendre un canot pour se rendre jusqu’au Plaines tant il pleuvait. Quelle flotte ! Le Torontois Belly terminait sa performance à notre arrivée, et une fois à l’abri d’un providentiel chapiteau arborant le sigle de la SAQ, nous avons pu profiter de l’impeccable performance du duo Rae Sremmurd (« drummers ear » en verlan).

Le duo originaire du Mississippi est arrivé sur la scène il y a à peine un an et demi avec un premier album (éponyme) des plus agréables. Pur produit de la scène rap du Sud, Rae Sremmurd tape dans le trap avec le sourire, et c’est ce qui fait tout leur succès : sur des productions croustillantes et noyées dans la basse, Slim Jimmy (torse nu pendant tout le concert) et Swae Lee désamorcent les éléments souvent menaçants et taciturnes du rap sudiste avec d’indéniables refrains pop.

Le public a mangé dans la main des rappeurs. Ils étaient certes une minorité en comparaison avec la foule monstre de The Lumineers la veille, mais chacun d’eux sautillait avec vigueur sur les No Flex Zone, Come Get Her, My X, Throw Sum Mo et No Type, succès de leur unique album. « Fuck rain ! », a commandé Slim Jimmy, et la foule a répondu avec un party du feu de dieu. La fête, la bonne humeur, et de gros grooves débiles à faire danser ceux qui tentaient de chasser la pluie : la soirée rap n’était pas terminée, mais on n’avait l’impression que Rae Sremmurd avait volé le show.

On n’en dira pas autant du rappeur texan Travis Scott, appelé en renfort pour relever Fetty Wap, absent. Terne performance que nous a offert le réserviste : lui aussi promeut le rap du Sud, mais sans l’esprit festif des précédents. De plus, la sonorisation semblait lui faire défaut : on n’entendait que son DJ et les pistes de voix préenregistrées, la sienne était complètement assourdie, ce qui nous fait croire que l’auto-tune résiste mal à l’humidité. Chiche, il n’a joué qu’une trentaine de minutes.

Impérial, Ice Cube s’est pointé à 22 h tapantes pour ce voyage dans l’histoire du rap américain. Le bonze du Westside était accompagné d’un collègue MC, et si la buée dans nos lunettes n’a pas trompé notre regard, il s’agissait bien de MC Ren, acolyte du groupe N.W.A. qui a fait l’objet d’un biopic il y a deux ans.

Bref, on a eu droit à un florilège des succès du légendaire groupe californien et de sa carrière solo, livrés avec l’aplomb et l’autorité qui ont fait sa renommée. Et puisque vous vous posez la question, non, ni Travis Scott, originaire de Dallas, ni Ice Cube, coauteur de Fuck da Police, n’ont daigné évoquer les tragiques événements des derniers jours aux États-Unis. Par contre, Fuck da Police a bien résonné en milieu de concert, juste après Straight Outta Compton, autre bombe gangsta rap signée N.W.A. Pluie pas pluie, les fans de rap de Québec ont répondu à l’appel, et Ice Cube leur en a donné pour leur argent.

Punk au sec (ou presque)

Trempé jusqu’aux os, nous avons marché jusqu’à la Méduse profiter de l’explosive soirée de clôture du Festival OFF de Québec, 13e édition. On a eu le temps d’attraper les dernières chansons du groupe stoner-rock psychédélique Fuudge, de découvrir le punk-noize décapant de Nüshu (qui a fait une juteuse reprise de Détruire des Marmottes Aplaties !), avant de savourer Les Goules, héros de l’underground de la Capitale, jouant devant les leurs.

Hé ben, il s’est remis à pleuvoir, pouvez-vous le croire. De la bière, cette fois. On voyait passer autant de fans faisant du bodysurfing que de verres de plastique à moitié vides atterrissant devant le batteur. Les musiciens aspergeaient allègrement les premières rangées, un joyeux bordel. Le plancher était collant, la voix de Keith Kouna perçait le mur de guitares, et la Méduse archibondée était tout sourire. Le retour des mythiques Goules, qui a lancé en mars dernier un nouvel album (Coma) bardé de refrains rageurs, caustiques et engagés, est providentiel ; les voir en clôture du OFF un véritable événement.
 

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