The Tallest Man on Earth n’est pas (qu') un torturé

Le chanteur suédois Jens Kristian Matsson, alias The Tallest Man on Earth
Photo: Francis Vachon Le Devoir Le chanteur suédois Jens Kristian Matsson, alias The Tallest Man on Earth

Samedi soir au Festival d’été de Québec, dans un Impérial rempli à capacité, on attendait avec une certaine impatience le suédois Jens Kristian Matsson, alias The Tallest Man on Earth, dont les chansons folk-country nous suivent depuis un bon bout de temps. Peut-être par la nature nostalgique de sa musique, on aurait cru voir un être sérieux, introspectif, grave, tourmenté. C’est plutôt un boute-en-train hyperdoué, amusant et quand même touchant qui nous est apparu.

Du haut de ses 33 ans, avec ses cheveux vaguement hipster, ses bottillons cirés en cuir brun et ses vêtements noirs, The Tallest Man on Earth n’est pas resté figé devant son pied de micro, se recroquevillant les genoux collés (un peu à la Elvis), arpentant par moment la scène tout en multipliant les notes arpégées à la guitare. On l’a même vu sur le dos pendant une bonne minute.

Guitare, ici doit être mis au pluriel, car le musicien, à une ou deux exceptions près, a changé d’instrument après chaque titre, passant des électriques aux acoustiques en passant par la classique, toutes probablement accordées de manière atypique, capot posé bien bas sur le manche.

Derrière le Suédois, un groupe accompagnait joliment les chansons, d’autant que le dernier disque DarkBird Is Home est davantage orchestré. Guitare slide, claviers, batterie, basse et violon s’ajoutait à la voix nasillarde du chanteur, quoiqu’elle semblait moins évoquer Dylan que sur certains enregistrements.

À mi-chemin, toutefois, le Suédois a livré quatre titres en solo — dont les magiques I Won’t Be Found et The Gardener —, et c’est là qu’il semblait le plus libre, le plus fou et amusant. Il pouvait y ralentir à sa guise, jouer davantage avec l’intensité, étirer une note en fin de chanson, laisser chanter la foule, qui elle se sentait justement plus libre de pousser la note. C’est là qu’il était le plus loin d’être un chanteur torturé. En tout cas de n’être que ça.

Safia Nolin

En ouverture, Safia Nolin revenait en sa terre natale pour présenter le spectacle de son premier album Limoilou, qu’elle roule depuis plusieurs mois. C’est d’abord la voix de Nolin qui intéresse, voix qu’elle a légèrement voilée et qui paraît fragile malgré qu’elle ait bien du mordant. Sur les planches samedi, elle poussait d’ailleurs davantage le côté rugueux de son chant, forçant un peu les effets rauques, pour ne pas dire rock.

En une petite heure au compteur, Safia Nolin, épaulée du guitariste Joseph Marchand (Forêt, Ariane Moffatt) a enchaîné ses chansons – qui tendent à se ressembler pas mal dans le ton et le son – offrant en chemin « deux covers back à back », soit les très éclectiques Work, de Rihanna, et Ayoye, d’Offenbach. Deux titres, qui sont restés pas mal dans son moule folk sombre et mélancolique.

Le plus dynamique – et le plus décousu – reste certainement ses histoires entre les chansons. La foule a été heureuse (?) d’apprendre entre quelques « nice », « weird » et « c’est awkward » qu’elle s’était achetée une corde pour tenir ses lunettes, qu’elle possédait un jeu de Yum, qu’elle aime les épaulards, ces super-prédateurs, et qu’encore à ce jour elle se questionne sur la nomenclature du Chemin des Quatre-Bourgeois. Ça casse la bulle des chansons mais ça reste plutôt amusant. À revoir au FEQ ce dimanche, 18 h 30, sur la scène Fibe.

Notre journaliste est hébergé à Québec par le festival.
 

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