Folk chaud pour soirée fraîche

The Lumineers
Photo: Francis Vachon Le Devoir The Lumineers

Brrr ! Il a fallu vendredi soir sortir le coton ouaté gris et moelleux comme le couvert nuageux qui pendait au-dessus de nos têtes, mais on l’a fait pour une bonne raison : se coller tous ensemble, cordés au pied de The Lumineers, tête d’affiche de cette deuxième grande soirée du Festival d’été de Québec sur les plaines d’Abraham. La preuve est faite : la mandoline et les clins d’oeil à Bob Dylan font de très bons isolants en cas de soirées fraîches.

Allons ! Ce n’est pas comme si le festivalier québécois n’avait pas déjà la couenne dure, rompu qu’il est aux caprices d’un juillet météorologiquement aléatoire, et c’est donc en masse qu’il a retrouvé ses courageux semblables sur ces plaines balayées par le vent.

Tous consentants, et ravis d’y être en grand nombre. Wesley Schultz, fondateur du groupe avec son ami batteur, percussionniste et co-compositeur Jeremiah Fraites, l’a répété trois fois durant la soirée : « C’est la plus grosse foule de notre vie — merci d’être là ! » Pincez-le quelqu’un.

Photo: Francis Vachon Le Devoir

Il y a dans le constat du chanteur et guitariste un candide rappel du long parcours — presque dix ans et les épreuves qui viennent avec — que The Lumineers a dû traverser entre sa fondation et le succès en 2011 du méga-tube Ho Hey (« I belong to you, you belong to me », vous connaissez la suite). Hier soir sur les plaines, Schultz, Fraites et leurs collègues jouaient avec la détermination du groupe d’envergure mondiale qui tient à prouver qu’il ne sera pas celui d’un seul succès.

The Lumineers est monté sur scène à 21h30 tapantes et a offert d’emblée deux chansons nouvelles de l’album Cleopatra, son second, lancé en avril dernier : Sleep on the Floor et Ophelia, l’attachant premier extrait, accueilli avec beaucoup d’enthousiasme par les festivaliers. Un début tout en douceur pour un groupe qui, tranquillement, saura monter le ton, le rythme et l’énergie, joli crescendo folk-pop en pente douce qui a bercé la foule.

Déjà, avec Flowers in You (du premier album, éponyme) et son country bondissant sur des coups de tambour basse jouée après dix minutes, on sentait le groupe prendre son envol. Or, que The Lumineers ait suivi avec son plus gros succès en carrière (ladite Ho Hey), si tôt en soirée, démontrait toute l’assurance qui habite aujourd’hui ces musiciens.

Car, oui, honnêtement, nous doutions un brin de la pérennité de The Lumineers, arrivés dans nos radios portés par la vague du revival folk il y a cinq ans, lorsque cette mode aurait fait son temps. Or, le groupe possède un formidable atout, qu’il a fait briller sur scène : une délicatesse, sur le plan des arrangements, des mélodies, de l’interprétation, qui laisse toute la place à la voix franche, rude et sans fard de Schultz et à ses mots. Leurs chansons se tiennent toutes seules, parfois avec une simple ligne de basse, un coup d’archet de la violoncelliste Neyla Pekarek (qui possède une jolie voix, on aimerait l’entendre davantage), un accord de piano droit plaqué au bon endroit, le délicat chatouillement des cordes de la mandoline. De la pop immédiate, tangible, accessible.

Parlant d’accessibilité, The Lumineers a senti le besoin d’aller lui aussi se réchauffer au milieu des festivaliers pendant son spectacle. Une petite scène avait été montée au centre du parterre, tout l’orchestre tenant dans un mouchoir de poche ou presque, le temps d’en tricoter deux belles pour des fans, dont une reprise de l’idole Bob Dylan, Subterranean Homesick Blues.

Les guitares électriques ont servi davantage en fin de concert, même que Fraites a laissé sa caisse claire à pédale qu’il tapochait devant la scène pour s’assoir derrière une vraie batterie. Le tempo est monté, les confettis sont tombés, et le temps de ces dernières chansons, on avait presque oublié le vent frais venu du fleuve.

En ouverture, nous devions compter sur les chansons aigres-douces de l’auteur-compositeur-interprète ontarien Dallas Green, seul capitaine à bord de son propre groupe City Colour. Ici, tout le contraire de The Lumineers, et à la fois complémentaire : plus électrique, plus soul même parfois, le country-folk-rock de City Colour est exécuté par un orchestre paraissant statique, stoïque même, alors que tous les yeux sont rivés sur Green, chemise à carreaux, casquette vissée, un trucker à la voix d’or et aux chansons parfois complexes.

Rebrassage de cartes rap

Amateurs de hip-hop, soyez avisés que l’organisation du Festival fut contrainte d’annoncer vendredi quelques modifications à son affiche. Ainsi, Fetty Wap ne viendra plus braire son succès Trap Queen sur les plaines ce samedi, en première partie d’Ice Cube (on invoque des problèmes de visa affectant son entourage). Il sera remplacé au pied levé par la sensation texane Travis Scott.

Enfin, ce mercredi, la tête d’affiche de la soirée rap au parc de la Francophonie, Mac Miller, déclare forfait pour des raisons de santé, après avoir annulé tout un pan de sa tournée européenne. Il sera remplacé par les vétérans de House of Pain (le succès Jump Around, évidemment !), qui termineront cette soirée après les performances de Rymz et Dead Obies.

 

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