Le double frisson de Sting et Peter Gabriel

Peter Gabriel et Sting
Photo: Francis Vachon Le Devoir Peter Gabriel et Sting

Sting et Peter Gabriel ont donné au Festival d’été de Québec (FEQ) une soirée d’ouverture rêvée jeudi avec un spectacle riche et généreux. Alors que le mercure jouait au mois d’avril, on frissonnait d’émotion et de froid à la fois, avec l’assurance de vivre un moment privilégié.

Une heure et demie avant le spectacle, le site des Plaines était déjà envahi. Il fallait voir les autobus pleins affluer vers le centre-ville, pendant que les piétons investissaient le site de la colline parlementaire. Tout ça un soir de semaine par un temps plutôt frisquet. Mais bon, ce n’est pas tous les jours qu’on reçoit Peter Gabriel et Sting. Encore moins ensemble.

Au départ, Brandi Carlile devait faire la première partie mais elle a dû déclarer forfait à cause d’un décès dans sa famille. On l’a donc remplacée à la dernière minute par Charlotte Cardin. La jeune chanteuse n’en revenait pas. « On est tellement contents d’ouvrir pour deux légendes de la musique. On capote. Je m’appelle Charlotte Cardin. Merci, papa maman », a-t-elle dit en pointant la foule comme si elle y cherchait ses parents.

Pour le FEQ, c’était une soirée de tests avec tous les changements apportés aux sites cette année. Ainsi, sur les Plaines, l’abattage d’un vieil arbre avait permis d’ajouter une nouvelle estrade côté nord pour ceux qui étaient prêts à payer plus pour davantage de confort. Avec le vent qui sévissait jeudi soir, l’expérience n’a pas dû être idéale mais les gradins étaient quand même pleins.

Au parc de la Francophonie aussi, on a créé une zone de plus côté nord en déplaçant l’espace VIP. Enfin, la nouvelle scène face au parlement s’est ajoutée à l’offre. Dédiée aux groupes émergents, elle offrira des concerts gratuits pendant toute la durée de l’événement. Et, étant donné que ces spectacles se déroulent plus tôt, c’est un lieu d’arrêt très sympathique pour les gens qui se dirigent vers les Plaines.

Sting, Peter Gabriel et le yoga

Photo: Francis Vachon Le Devoir Sting

Après nous avoir fait attendre en passant des extraits de l’album Passion (1989), Peter Gabriel est apparu sur scène le premier avec The Rythym of the Heat. Très en voix, le chanteur a établi une atmosphère mystérieuse et envoûtante qui seyait bien à la nuit et au décor naturel des Plaines.

Puis les éclairages bleus ont succédé aux rouges pour accueillir Sting qui a changé le ton de l’affaire avec le plus léger If I Ever Lose my Faith in You.

On a par ailleurs eu droit à un petit numéro d’humour en début de spectacle quand les deux amis sont venus raconter la genèse du projet Rock Paper Scissors dans un long échange en français. On a alors appris que Peter Gabriel parlait beaucoup mieux français que Sting et que les deux se faisaient surnommer les « jumeaux tantriques » par l’équipe d’arrière-scène en raison de leur amour mutuel pour le yoga.

Les deux géants ont chanté le même alignement de chansons que l’avant-veille à Montréal, à deux exceptions près (ils n’ont pas fait Games Without Fronteers et The Hounds of Winter à Québec).

À la 11e chanson, l’interprétation par Sting d’un extrait de Selling England by the Pound suivi de Message in a Bottle a fait hurler la foule comme jamais auparavant dans le spectacle. Puis Peter Gabriel a raconté une histoire en français avant de chanter San Jacinto. Son duo avec la sublime Jennie Abrahamson pour Don’t Give Up a aussi été un moment privilégié du spectacle. Tout comme le merveilleux Solsbury, duo avec Sting particulièrement réussi.

Au fur et à mesure que le spectacle avançait, les musiciens s’ajoutaient des foulards et on voyait que certains grelottaient là-haut dans les derniers milles. Après la magnifique In Your Eyes, Peter Gabriel a tenu à remercier toute son équipe en français. Puis ils sont revenus tous sourires nous balancer deux beaux rappels. On avait bien hâte d’aller se réchauffer mais le coeur, lui, était déjà bien au chaud.

Photo: Francis Vachon Le Devoir Peter Gabriel
3 commentaires
  • Alain Castonguay - Abonné 8 juillet 2016 10 h 37

    Des artistes

    La soirée aura permis de constater à quel point ces deux immenses vedettes sont aussi de très grands musiciens, généreux, qui savent s'entourer d'excellents accompagnateurs. La qualité du son était inégale à cause du vent, et la pièce SAN JACINTO, qui date quand même de 1982, a un peu ralenti le rythme, et était sûrement plus intéressante dans un concert en aréna. Sting avait l'air un peu renfrogné de reprendre ses grands succès écrits pour The Police, mais il a quand même offert une performance nettement plus inspirée qu'à son dernier passage sur les Plaines, il y a quelques années. La version bluesée de "If you love somebody, set them free", succès de Sting en solo, mais chantée par Gabriel, était irrésistible. C'était une soirée inoubliable, malgré le temps. Le sourire des musiciens prouvait que notre plaisir était partagé.

    • Gilles Théberge - Abonné 8 juillet 2016 15 h 02

      Et ils se sont exprimés en français, longuement, en signe de respect. Ils savaient où ils étaient.

      En tout cas plus que ces «rockers» américains qui se contentent d'un «Bon souaire monnntrial...»...

  • Marc Leclair - Inscrit 8 juillet 2016 20 h 09

    M'en voulez surtout pas, j'adore et respecte Peter Gabriel et Sting, mais mon frisson à moi, aura été d'entendre Brian Wilson chanté God Only Knows au FJM.