The Lumineers: au nom du père

Wesley Schultz, chanteur de la formation The Lumineers.
Photo: Frazer Harrison Agence France-Presse Wesley Schultz, chanteur de la formation The Lumineers.

« Mon père n’aurait jamais pu imaginer ce qui nous arrive aujourd’hui. » C’est le guitariste, chanteur et parolier du groupe américain The Lumineers, Wesley Schultz, qui lance cette phrase chargée d’émotion, lui qui a perdu son paternel en 2007. Personne à ce moment-là n’imaginait que Schultz fils, porté entre autres par la chanson velcro Ho Hey !, ferait partie d’une des formations les plus populaires du monde folk-rock, qu’il vendrait des milliers d’albums et jouerait devant des dizaines de milliers de personnes.

Ce n’est pas anodin si, au bout du fil en prévision de son passage au Festival d’été de Québec le 8 juillet, Wesley Schultz nous parle de son père. On sent sur Cleopatra, le deuxième et plus récent disque de la bande, les thèmes de l’éloignement, de la maison et de la mort, voire clairement du père.

« Pour moi, il y a eu un délai dans ma façon de vivre mon deuil, de vivre cette perte. C’était un bon père. Je n’avais pas ruminé tout ça encore, et on va bientôt fêter le 9e anniversaire. Beaucoup de ce disque, dont les deux chansons Angela et Long Way From Home, a à voir avec mes sentiments, mon processus autour de ça. Ça faisait du bien de dire des choses dont je n’étais pas fier, d’aborder la façon dont j’ai agi. »

Schultz se souvient qu’en 2007, son père le voyait à peine commencer son parcours musical avec son ami de longue date Jeremiah Fraites — auxquels se joindra plus tard la violoniste et chanteuse Neyla Pekarek. Ce n’est qu’en 2012 que The Lumineers a fait paraître un premier disque, écoulé à 1,7 million d’exemplaires. La pièce Ho Hey ! passa en tout 10 semaines au palmarès Billboard, trois de moins que leur deuxième extrait Stubborn Love. « Mon père avait tellement peur de la scène, que je crois qu’il n’en reviendrait pas de nous voir jouer dans de gros festivals, c’est tellement loin de ce qu’était sa zone de confort. »

Et est-ce que le rapport à la scène est héréditaire, ou si Wesley Schultz s’y sent comme un poisson dans l’eau ? Le chanteur rigole. « D’abord, je suis devenu un performeur, mais je suis né un auteur, je crois. J’aime écrire, j’aime avoir du temps seul, observer les gens, je suis naturellement un timide. Mais beaucoup d’introvertis comme moi doivent performer, alors j’ai dû apprendre ça. Tu dois chercher en toi, trouver un lieu qui te permet d’être bien. Et je crois que ça peut donner quelque chose de très spécial si on compare ça à quelqu’un qui a juste à allumer une switch pour être en représentation. »

Donc si vous invitez The Lumineers à votre party de fête, Wesley Schultz risque de rester tranquille dans son coin, sur le sofa. « S’il y a une guitare ou un piano dans une soirée, c’est sûr que je suis le dernier qui va se lever pour jouer ! »

The Lumineers, dont Wesley Schultz décrit le son comme « la très étrange combinaison de Billy Joel et de Feist », a un peu changé de peau sur son deuxième album. Le son est plus riche, et la composition musicale moins clichée.

Le groupe a loué une petite maison à Denver et y a passé du temps à créer, à préparer les chansons. « Je pourrais passer une heure sur chacune des chansons tellement le processus était dense, ç’a été une expérience riche, intense et qui nous a challengés. Par exemple, Long Way From Home devait être jouée au piano, et elle était plus douce et heureuse, puis en cherchant l’essence de la chanson, c’est la guitare qui a remplacé le piano. »

C’est la chanson Ophelia qui sert en ce moment de moteur pour le disque Cleopoatra. En créant l’album, c’est d’ailleurs ce titre qui a eu le rôle de pierre fondatrice, de mesure étalon pour The Lumineers. Titre shakespearien sur la folie et la gloire ? Oui et surtout non, dit Schultz. « Nous étions assis autour d’un piano, et je chantais cette mélodie sur la progression d’accord, et le nom est sorti de nulle part. Mais j’étais très hésitant à choisir ce titre, parce qu’il y a The Band qui a écrit une chanson intitulée Ophelia, qui est magnifique. On a essayé plusieurs autres sons, d’autres noms, mais c’est celui qui s’accrochait. » Y’a de ces chansons tombées du ciel…

Un geste contre la discrimination

Même si la Caroline du Nord a diminué l’impact de sa loi HB-2 qui impose l’utilisation de toilettes publiques correspondant à l’identité sexuelle à la naissance, le groupe The Lumineers a décidé de ne pas rester indifférent devant des mesures jugées par plusieurs comme discriminatoires envers les personnes transgenres. Pour leur spectacle du 15 septembre dans cet État américain, le groupe offrira ses profits à deux organismes prônant l’équité et les droits de la personne, et des toilettes neutres seront fournies. « On ne voulait pas punir ceux qui voulaient nous voir, ni prêcher aux convertis, explique Wesley Schultz. Ce n’est pas parfait, mais c’est notre proposition. Depuis, plusieurs personnes de notre entourage étendu nous ont remerciés. On réalisait que ce n’était pas clair pour eux qu’on les acceptait, alors quand tu fais quelque chose comme ça, ils ressentent l’amour. »

The Lumineers

Au Festival d’été de Québec vendredi soir sur les plaines d’Abraham. À Osheaga le 29 juillet.