Tous à bord pour la grande fête ferroviaire

Pour Erik West Millette, le projet «West Trainz» est le voyage d’une vie.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Pour Erik West Millette, le projet «West Trainz» est le voyage d’une vie.

C’est entré dans sa syntaxe. Erik West Millette est toujours « en train » de faire quelque chose. C’est son expression locomotive. Son leitmotiv. Pour un peu, il causerait sur rails. Son projet West Trainz est le voyage d’une vie. « Mon plus vieux souvenir d’enfance, c’est mon grand-père Léo West qui m’amène faire un tour de locomotive de triage, dans les Laurentides », racontait-il en ces pages… en 2007. C’était juste avant qu’il ne présente le premier état de son « spectacle poétique ferroviaire » en ouverture du festival Coup de coeur francophone.

Neuf ans plus tard, il est encore en train. Plus que jamais en train. Tous aiguillages aiguillés. Tous les jours en fin d’après-midi, à cinq heures tapantes, son petit convoi — des plateformes avec les merveilleux instruments de son invention et des musiciens capables d’en tirer des sons défiant l’imagination — aura traversé le site du Festival de jazz, y compris ce samedi. Mais ce samedi, c’est aussi fête à la gare. La grande scène de la place des Festivals sera transformée en gigantesque hall des arrivées, à ciel ouvert.

« Are you ready for the night train ? » lancera Willie West, le chanteur soul qui fut à la fin des années 1970 l’un des légendaires Meters, groupe-locomotive funky-soul de La Nouvelle-Orléans. C’est aussi le cousin d’Erik West Millette. Le grand appel retentira : « All aboard ! » Et ils seront nombreux à embarquer, musiciens et chanteurs, et il y aura foule sur le quai à grandeur de la rue Jeanne-Mance pour les entendre chanter des chansons de train. Celles de l’album Train Songs, et d’autres. « C’est en même temps le show du livre-disque West Trainz, avec les écrans, toutes ces images et tous ces sons ramassés lors de mes voyages en train sur tous les continents. Et il y a les invités de première classe, qui vont arriver à des moments spécifiques dans des stations spécifiques. Jordan [Officer, le doux champion guitariste] va faire le Number 9 Train, Emilie-Claire Barlow va chanter Nuages de Django, Bïa fera Le train du Nord, et j’ai mon pote Papasoff pour élargir la section de cuivres…. » Au moment de l’entrevue, il a encore deux semaines pour huiler ses engrenages dans la gare de triage, tout peut encore arriver. « Il s’ajoute des passagers tous les jours ! »

Le voyage d’une vie

Gros tchou-tchou de protestation quand je demande à l’affable Erik si c’est là que le train s’arrête. « Ça va rouler jusqu’à la fin de mes jours ! Je suis encore en train d’améliorer les prototypes du train de rue ! C’est un projet évolutif, un collectif. T’es pas tout seul dans un train ! On doit être une centaine à avoir participé à l’aventure, depuis le début. Ma prochaine étape, c’est à propos des vagabonds du rail, les hobos, du milieu du XIXe siècle jusqu’à maintenant. Un autre disque, un autre spectacle, avec des compos, des reprises de Jimmy Rodgers [The Singing Brakeman), des bouts récités. Il y aura d’autres volumes de Train Songs. La liste arrête pas d’allonger. Il y a Scenic Railway de Gainsbourg que je voudrais faire, I’m Movin’ On de Hank Snow... Il y en a tellement, c’est rendu que les artistes viennent m’en proposer. L’autre jour, c’est Jim Corcoran qui m’en sortait une de Hank Williams. Tout le monde veut son billet de train ! »

Il faut entendre la joie d’enfant dans le ton de West Millette : longtemps musicien accompagnateur (pour Marie-Jo Thério, notamment), c’est un doux grégaire, un tendre rassembleur, même s’il a parcouru seul les grands trajets des trains, du Trans-Siberian Express à l’Australian Indian Pacific. Mais qu’il observe les gens en train de gréer la promiscuité des longs trajets ou qu’il tienne la guitare pour The Chic Gamine reprenant The Locomotion, c’est pareil : le train véhicule la vie. « J’ai même un ballet érotique à propos des trains. Je suis en train d’écrire ça… » Il pouffe de rire. « Je ris, mais c’est sérieux. Il y a un fil d’Ariane qui relie tout ça, ou plutôt, il y a deux grands fils de fer, en parallèle, comme des cordes de guitare. La musique, les sons, les histoires, les gens, les chansons, on est tous dans le même train ! »

«West Trainz», Erik West Millette et ses invités à la place des Festivals, samedi 9 juillet à 21 h.