Les pianistes de Lanaudière

Alain Lefèvre ouvrira le Festival de Lanaudière avec le «1er Concerto» de Tchaïkovski.
Photo: Annik de Carufel Le Devoir Alain Lefèvre ouvrira le Festival de Lanaudière avec le «1er Concerto» de Tchaïkovski.

Le 39e Festival de Lanaudière s’ouvre ce samedi soir à 20 h à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay avec le 1er Concerto de Tchaïkovski joué par Alain Lefèvre et dirigé par Gregory Vajda, à la tête de l’Orchestre du Festival.

Le festif programme d’ouverture, qui comprend également La tempête et Roméo et Juliette de Tchaïkovski, ainsi que les Fêtes romaines de Respighi, représente une belle revanche pour Alain Lefèvre.

Se souvient-on qu’avant d’en être le porte-parole, Alain Lefèvre fut le grand banni du Festival de Lanaudière, où il ne débuta qu’en… 2004 ? La pression populaire avait eu raison des réticences des responsables du Festival. Ainsi, feu le père Lindsay nous déclarait à l’aube du Festival 2005: « On se faisait dire par des amateurs de musique : “Mais enfin, vous n’avez pas encore eu Alain Lefèvre !” »

La motivation n’était alors pas encore à son comble. Ainsi, en 2005, le pianiste québécois en était réduit à écouter des coulisses Nikolaï Luganski ouvrir le Festival avec… le 1er Concerto de Tchaïkovski, lui-même ayant été engagé pour le Concerto de Québec d’André Mathieu lors du même concert. Voler, par sa fougue, la vedette à l’aristocratique pianiste russe avait sans doute été une douce revanche pour le pianiste québécois.

Les temps ont changé. Un tel partage de scène ne viendrait plus à l’idée de personne et, aujourd’hui, un 1er de Tchaïkovski par Lefèvre a un potentiel d’attraction au moins deux fois supérieur à l’affiche Luganski que l’on pensait si porteuse à l’époque. La grande foule est attendue ce samedi.

Le Festival 2016 sera assurément celui des pianistes. La brochette de violonistes — Angèle Dubeau (ce dimanche), Anthony Marwood (le 15), Lara St John (le 23) et Alexandre Da Costa (le 24)— cède face à celle des pianistes dont, outre Lefèvre, voici les portraits.

Tony Yike Yang. Église de Saint-Alphonse-Rodriguez, le 19 juillet. Voici quelqu’un qui a failli faire l’histoire, mais dont l’exploit est passé presque inaperçu ici. N’eût été Charles Richard-Hamelin, Tony aurait été, à l’âge de 16 ans seulement, le premier Canadien à inscrire son nom au palmarès du Concours Chopin de Varsovie en 88 ans. Il en est toutefois le plus jeune lauréat de l’histoire, lui qui finit cinquième de la compétition2015. À Varsovie, il dut préparer — ou, à tout le moins, sérieusement rafraîchir — le concerto à la hâte, en trois jours, lui qui ne pensait pas accéder à la finale. Au Festival, Tony Yike Yang jouera notamment la Sonate de Liszt et la 7e Sonate de Prokofiev.

George Li. Église de Lavaltrie, le 25 juillet. L’Américain George Li est le second du concours Tchaïkovski 2015. Si tout le monde a oublié qui a gagné ce concours, George Li y a remporté un grand succès d’estime, mais a été lui aussi éclipsé par le 4e Prix, dont on attend toujours les débuts au Québec. À 20 ans, George Li est un francophile, qui étudie la littérature française à Harvard en parallèle de ses études de musique au New England Conservatory de Boston ! Il jouera notamment la Sonate funèbre de Chopin.

Nareh Arghamanyan. Église de Saint-Sulpice, le 26 juillet. Personne, ici, n’a idée à quel point la lauréate du Concours musical international de Montréal en 2008, à l’âge de 18 ans, est devenue une grande artiste, mais aussi une pianiste spectaculaire. Elle le prouvera à la salle Bourgie la saison prochaine en interprétant Islameyde Balakirev, l’oeuvre pour piano la plus difficile techniquement. À Lanaudière, elle ira aux sources, avec les Variations Goldberg de Bach.

Charles Richard-Hamelin. Amphithéâtre Fernand-Lindsay, 5 août. Le pianiste québécois est devenu une sorte de héros national en remportant le 2e prix du Concours Chopin 2015. Pour son premier concert avec l’Orchestre symphonique de Montréal, il s’est soumis à un exercice amusant, laissant le public voter pour le concerto qu’il aurait à interpréter. L’exercice et son résultat lui permettront de sortir du cadre chopinien et d’affronter un monument : le 1er Concerto pour piano de Brahms. Une chose est sûre : le 5 août à 22 h, on saura ce qu’il a dans le ventre !

Nicholas Angelich. Amphithéâtre Fernand-Lindsay, 7 août. Le pianiste que nous amène Yannick Nézet-Séguin pour la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov a déjà joué à Montréal, avec lui, le 1er Concerto de Liszt et le 1er Concerto de Brahms. Angelich, né en 1970, est également un Américain francophile, qui vit à Paris et se produit avec les plus grands artistes français. Son dernier CD, Dedication, vient de paraître chez Warner et comporte notamment la Sonate de Liszt et Kreisleriana de Schumann. Le pianiste d’airain réussit un Liszt impressionnant, mais semble un peu cartésien dans Schumann. Comment lui sied Rachmaninov ? Réponse le 7 août.

Festival de Lanaudière du 9 juillet au 7 août
Billetterie : 1 800 561 4343