À la bonne heure avec Miss Hill

C’est sans doute l’influence rap dans la démarche de la chanteuse, mais ni elle ni son orchestre, ne font dans la dentelle.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir C’est sans doute l’influence rap dans la démarche de la chanteuse, mais ni elle ni son orchestre, ne font dans la dentelle.
On a dû l’attendre longtemps, mais on l’a enfin eue, pendant près d’une heure et demie, juste à nous, quelques milliers d’admirateurs dans ce Wilfrid-Pelletier affichant complet pour le premier de ses deux concerts au Festival international de jazz de Montréal. Miss Lauryn Hill, fiévreuse, échevelée, impériale en commandant son orchestre avec de grands moulinets du bras, enchaînant ses nombreux succès malgré la petite taille de son propre répertoire. Avec, en prime, une reprise de Jacques Brel.

Ce fut le moment magique de cette soirée qui a filé à toute allure (sauf pour le début, nous y viendrons). La rappeuse à la voix de chanteuse soul, égérie de Wyclef Jean à l’époque de leur trio The Fugees, qui se met dans la peau de Nina Simone reprenant cette Ne me quitte pas devenue une des classiques des concerts de la regrettée jazzwoman.

Nous arrivions presque à la fin de ce récital commencé une heure plus tard que prévu à l’horaire. Il était déjà 23h15, la foule était debout, remontée par trois autres fameuses reprises, Killing Me Softly (popularisée par Roberta Flack, puis par les Fugees, flanquée d’une rythmique hip-hop), Jammin' de Bob Marley et Feeling Good, le grand classique de Simone. Hill se retourne alors vers son guitariste, assis juste derrière elle. Lui échange quelques mots, puis se retourne vers la foule pour annoncer qu’elle risquera une première, juste pour nous, festivaliers chanceux. Et ça part : « Ne me quitte pas… »

Ça nous a sciés. Propulsé par ce groupe funk qui se prenait (parfois trop) souvent pour un groupe rock, l’orgue dans le tapis, les cymbales au vent, Hill évoquait Simone habitant les mots de Brel – elle s’était fait la main au répertoire de la légendaire chanteuse jazz sur un album hommage (et bande originale de documentaire) paru l’an dernier. Lauryn Hill avait contribué à la moitié des chansons de ce disque, son plus consistant effort studio depuis la parution de The Miseducation of Lauryn Hill, en 1998.

Disque intemporel que ce Miseducation, faut-il le rappeler, monument du rap/r&b des années 90 dans lequel elle a pigé l’essentiel de ses propres compositions jouées hier soir. Certes, il y a bien eu un ou deux emprunts à son disque Unplugged comme Conformed to Love jouée en début de soirée, mais il nous était plutôt difficile de l’apprécier tant la sonorisation faisait alors défaut.

Reprenons du début de ce concert. Hill, cette retardataire patentée, était annoncée à 21h. À 21h15, son DJ est monté sur scène mettre un peu d’ambiance, à coup de classiques du rap et du dancehall, histoire de nous faire patienter un peu plus, et ç’a plutôt fonctionné pour les vingt premières minutes. Peu avant 22h, la foule s’était depuis rassise, et le pauvre DJ avait beau balancer Hotline Bling de Drake, on n’entendait que les huées.

L’orchestre est venu se réchauffer un peu, puis la Miss est enfin apparue, élégante dans sa longue jupe noire, blouse blanche cravatée, avec sa guitare sur les genoux, on aurait cru assister à un concert de tango. Elle a enlevé ses bagues, les a posées sur une petite table à ses côtés, et ça a démarré d’un coup, le funk soul puissant de son groupe qui comptait trois choristes et trois cuivres.

On n’entendait qu’eux, et non pas celle que nous étions venus entendre. Elle-même d’ailleurs a passé la soirée à se battre contre la sonorisation ; si elle nous avait demandé notre avis, on aurait aussi exigé de baisser le volume du groupe qui a étouffé sa voix pendant la première demi-heure du concert.

Les basses qui déboulaient ou disparaissaient carrément, l’aigu des cuivres et des cymbales à faire décoller la peinture, ces premières minutes furent un pénible rappel des périls de présenter de la musique amplifiée à Wilfrid-Pelletier. Heureusement, ça s’est stabilisé par la suite, et on souhaite que ce test de son en direct profite aux fans qui assisteront au concert de ce soir.

C’est sans doute l’influence rap dans la démarche de la chanteuse, mais ni elle, ni son orchestre, ne font dans la dentelle. Toujours à fond la grosse caisse, funk brut et rap mitraillé, même dans les chansons plus douces de son album. Sans nuance, mais essoufflant d’urgence, comme si le spectacle était pour elle un geste nécessaire. Ses propres succès, l’inoubliable Mystery of Inequity échantillonnée par Kanye West, Final Hour et Lost Ones, auxquelles s’enchaînèrent parfaitement des classiques des Fugees (Fu-Gee-La, Ready or Not), fournissaient à Hill l’occasion de rugir ses grands refrains avec sa voix soul authentique et vibrante. Malgré qu’elle n’ait qu’un seul album studio à son actif, on la pensait encore capable de chanter pendant trois heures.

Hélas. « Oui oui, ça fait trente minutes que tu me signales qu’il ne m’en reste que cinq », a-t-elle lancé au type en coulisses, juste avant de nous quitter avec Doo Wop (That Thing) que la foule a chanté avec elle, debout, les bras en l’air.

Le FIJM veut des « améliorations »

La qualité sonore du premier des deux concerts de la chanteuse Lauryn Hill au Festival international de jazz de Montréal, mardi, n’a pas plu aux organisateurs. Ceux-ci ont « fait part à l’équipe de Mme Hill des améliorations à apporter » en vue du deuxième spectacle, prévu mercredi soir. Visiblement agacée, Lauryn Hill a présenté mardi la première moitié de sa performance dans la cacophonie à la salle Wilfrid-Pelletier — réputée difficile sur le plan sonore. La situation s’est améliorée par la suite, mais une dizaine de plaintes ont été enregistrées. Le FIJM a fait valoir que c’est l'équipe de Mme Hill qui était responsable de la sonorisation de son spectacle.

Guillaume Bourgault-Côté