L’élégance de Barron, les beats de McFerrin

Kenny Barron: clair dans le jeu, vif dans l’attaque, pas une note de trop
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Kenny Barron: clair dans le jeu, vif dans l’attaque, pas une note de trop

Il représente à lui seul plus d’un demi-siècle de jazz aux côtés des plus grands, et cela s’entend : le caméléon Kenny Barron a tout absorbé, intégré, assimilé. Et son jeu au piano est une somme de tout ce bagage.

Lundi soir au Gesù, Barron s’est montré tel qu’en lui-même : pianiste doté d’une touche remarquable et d’un sens rythmique imparable, grand styliste, habile improvisateur, subtil accompagnateur, monkien devant l’éternel (cofondateur du groupe Sphere, qui rendait hommage à Thelonious Monk, il a commencé le concert avec Shuffle Boil), compositeur brillant, tout ça et bien d’autres choses qui se résument ainsi : un artiste de l’élégance. Clair dans le jeu, vif dans l’attaque, pas une note de trop.

Dans le cadre de la série Invitation, l’Américain de 73 ans recevait la flûtiste et chanteuse Elena Pinderhughes, révélée en début de festival par sa présence aux côtés du trompettiste Christian Scott. Le trio de Barron était là — excellents Kiyoshi Kitagawa à la contrebasse et Jonathan Blake à la batterie —, mais Pinderhughes était dans les faits membre à part entière de ce qui aura été un quartet d’un soir.

Dans un cadre plus traditionnel que ce que propose Christian Scott, le jeu de Pinderhughes n’en fut pas moins brillant : son sens du swing, la précision de ses envolées, la richesse de sa sonorité, tout confirme la rumeur très positive qui entoure la musicienne qui vient d’avoir 20 ans.

Aussi chanteuse, Pinderhugues a interprété quelques compositions de Barron mises en mots par Janice Jarrett. Exercice un peu moins concluant en ce qui concerne la soirée de lundi : bonne technique vocale, mais un manque d’assurance palpable dans la voix. Voix dont les couleurs ne sont pas particulièrement différentes de celles qu’on peut entendre ailleurs, pour le moment.

Ce serait le seul bémol d’un set de jazz déployé à tempo élevé, mené rondement, classique dans la forme, maîtrisé dans l’exécution, souple et mordant, jamais complaisant.

Taylor McFerrin

Quelques mots sur la première présence à Montréal de Taylor McFerrin, fils de Bobby, mais surtout musicien en son prénom propre.

Derrière ses claviers Rhodes et Prophet, aux commandes d’une série de contrôleurs sonores, McFerrin (accompagné du batteur Marcus Gilmore) crée par couches superposées des beats texturés aux basses vibrantes, qui situent son art quelque part entre l’électro, le hip-hop, le RB et le jazz.

Le claviériste et chanteur (voix délicate mais pas très puissante en spectacle) use des effets, des échantillonnages et des expérimentations avec jugement. Il crée le groove et la trame atmosphérique, les habille et les propulse haut et fort…. Le résultat donne quelque chose d’à la fois aérien, atmosphérique et groovy. Quelque chose de très bien.