Bilal, du soul sans l’étiquette

Bilal Sayeed Oliver présentera un tour de chant paré des couleurs jazz-funk brutes de son plus récent album, «In Another Life».
Photo: Festival international de jazz de Montréal Bilal Sayeed Oliver présentera un tour de chant paré des couleurs jazz-funk brutes de son plus récent album, «In Another Life».

Six ans après avoir accompagné Robert Glasper sur scène au Gésù, Bilal se voit enfin offrir une salle à lui tout seul, avec son nom en haut sur la marquise, pendant le Festival international de jazz de Montréal. Mercredi soir au Club Soda, place au plus soigné et songé des chanteurs soul contemporains, qui présentera un tour de chant paré des couleurs jazz-funk brutes de son plus récent album, In Another Life.

« C’est drôle, t’es le deuxième aujourd’hui à me souhaiter un bon Fourth of July ; personne ne dit ça ! Ça sonne comme si tu me disais : Merry Christmas ! », dit en riant Bilal Sayeed Oliver, joint hier chez lui, à New York.

Sur un ton nettement plus sérieux, il ajoute : « I mean… Il faut rappeler que ce pays a été fondé par des Blancs, qui ont emmené ici des Noirs par l’esclavage pour le construire, le pays. Des gens comme moi, des gens de ma lignée. J’ai été forcé de venir ici, pas parce que je fuyais ma condition, un régime autoritaire, ou encore pour faire de l’argent. J’ai donc du mal à célébrer aujourd’hui, tu comprends ? »

Paru au printemps 2015, le solide In Another Life, cinquième album pour le musicien originaire de Philadelphie, rappelait en douceur les derniers albums de D’Angelo et Kendrick Lamar parus quelques mois plus tôt. Militant à sa manière, Bilal est un conteur d’une autre trempe que Lamar, qui l’avait d’ailleurs invité à poser sa voix habile sur les rythmiques du puissant To Pimp a Butterfly : subtil, capable d’être cabotin et sérieux dans une même chanson, motivé par la beauté de l’homme et sa capacité à se surpasser plutôt que par les travers de la société qu’il faudrait dénoncer.

« Cette plate-forme qu’on me donne, cette chance de faire de la musique et de donner des concerts, je m’en sers autant pour parler d’injustice que d’amour. It’s all about love, au bout du compte : il faut parler d’amour, il faut le montrer, et une des manières d’exprimer l’amour, c’est aussi d’essayer de comprendre la haine, et la musique peut nous aider à comprendre tout ça », dit-il en citant l’oeuvre de Bob Marley et Curtis Mayfield, « deux artistes qui ont réussi à nous en apprendre sur l’expérience humaine à travers leurs chansons » engagées.

Parce que c’en est devenu cliché lorsqu’il est question de Bilal, n’insistons pas à propos de l’influence que Prince a eue sur lui (la voix !), mais mentionnons-lui au passage le stupéfiant hommage qu’il lui a rendu la semaine dernière au gala de la Black Entertainment Television. La claque ! Sa version de The Beautiful Ones, chemise déchirée, terminée couché sur le dos, délicieux rappel de la mythique scène du film Purple Rain, avec The Roots qui l’accompagne.

« Ces derniers jours, tout le monde me demande si je vais la refaire en spectacle, se réjouit Bilal. J’y pense… » Au Soda, il sera accompagné de batteur, guitariste, bassiste, claviériste, et entend mouler ses premiers succès aux tonalités jazz électriques de son récent album réalisé par le Californien Adrian Younge, spécialisé dans le son r&b/funk des années 70.

« Tous mes musiciens sont issus de la scène jazz », explique Bilal, lui-même formé en chant jazz et en composition à la New School for Jazz and Contemporary Music de New York, où s’est lié d’amitié avec le pianiste Robert Glasper. « C’est très stimulant de pouvoir échanger et jouer avec des concepts musicaux avec des gars comme ça. J’ai toujours refusé qu’on me colle des étiquettes pour décrire ma musique, mais j’accepte l’idée qu’on fasse du jazz, d’abord dans la manière dont je compose, mais aussi dans la mesure où la notion d’échange et d’improvisation est très présente dans mon travail. Et cette notion ne connaît pas de frontières musicales : on touche à tout, du blues au funk au hip-hop. »

Rendez-vous demain soir, 22 h, au Club Soda.