Éric Le Sage fait souffler une bourrasque Schumann sur Orford

Le pianiste Éric Le Sage
Photo: Source Solea Management Le pianiste Éric Le Sage

Le premier concert de la « série piano » de l’été 2016 à Orford, série qui se poursuivra vendredi 8 juillet par un concert Chopin de Dang Thai Son, accueillait dimanche le Français Éric Le Sage, que l’on n’a vu au Québec qu’au Domaine Forget, même s’il passe pour l’un des plus grands interprètes de Schumann en activité.

À mes yeux, il est carrément le plus grand, comme en atteste son intégrale discographique parue chez Alpha, un étalon à l’égal de l’intégrale Brahms de Julius Katchen, des enregistrements de Leonard Bernstein dirigeant Gustav Mahler ou d’Evgueny Svetlanov dans Tchaïkovski.

Naturellement

Ce qui est si dur pour tant de pianistes — ressentir et traduire les déferlements et ressacs schumanniens — coule naturellement dans l’esprit et sous les doigts d’Éric Le Sage. J’ai déjà décrit ici l’importance des enchaînements (quand, après quelle suspension, avec quelle affirmation ?) dans l’interprétation de cycles de variations comme le sont les Études symphoniques. Tout cela, qui n’est pas inscrit dans la partition, dessine une conception organique de l’interprétation.

Éric Le Sage se jette dans les variations comme si l’une aspirait l’autre. Le compositeur procède d’ailleurs de la même façon dans son langage, à l’intérieur de chaque étude. Avec Le Sage, les élans sont aussi fulgurants que les replis sont poétiques. En témoignait aussi un admirable extrait des Davidsbündlertänze en bis.

Une fois de plus, les notes de programmes d’Orford, incomplètes, ne décrivent qu’une oeuvre sur trois, passant à la fois à côté de l’enjeu crucial d’éclairer l’écoute de ladite oeuvre et de la mission d’expliquer le concept du programme. Celui de Le Sage, très avisé, proposait un panorama de l’art de la variation chez les grands Allemands. Pour souligner cette dimension, Le Sage avait choisi une oeuvre peu courante de Brahms, qu’il lisait professionnellement, puis l’Opus 110 de Beethoven, y montrant sa sensibilité sonore et son art des contrastes, malgré une fébrilité patente.

Éric Le Sage mérite largement la Maison symphonique pour un programme tout Schumann. Ce serait une consécration pour lui et un privilège pour nous.

Éric Le Sage joue Schumann

Brahms : Variations sur un thème de Schumann, op. 9. Beethoven : Sonate pour piano n° 30, op. 110. Schumann : Études symphoniques, op. 13. Salle Gilles-Lefebvre, Orford, dimanche 3 juillet 2016.

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