La liberté à partir du flamenco

Renaud Garcia-Fons, le contrebassiste français des voyages imaginaires, et Dorantes, le pianiste gitan d’Andalousie qui marie sa musique au jazz et à la musique classique
Photo: Javier Caro Renaud Garcia-Fons, le contrebassiste français des voyages imaginaires, et Dorantes, le pianiste gitan d’Andalousie qui marie sa musique au jazz et à la musique classique

Ce sera un moment de flamenco ouvert, livré par deux formidables artistes de souche espagnole : Dorantes, le pianiste gitan d’Andalousie qui marie sa musique au jazz et à la musique classique, se produit avec Renaud Garcia-Fons, le contrebassiste français des voyages imaginaires qui a toujours baigné dans l’univers du flamenco. Ce lundi, les deux offrent à la salle Ludger-Duvernay du Monument-National le concert de leur disque Paseo a dos, mais avec beaucoup d’improvisation. Rencontre avec les deux, séparément.

« Ce que je pense de Dorantes ? », dit Garcia-Fons. « C’est un musicien extraordinaire nourri au plus haut point de sa tradition flamenca puisqu’il est issu d’une famille de musiciens gitans, mais il a transposé ça au piano en y amenant une inspiration personnelle qui lui vient aussi du classique et même de la musique contemporaine. À la base, il a une solide formation de guitariste flamenco, mais il est devenu un grand virtuose du piano. Il a à la fois un toucher, une puissance, un éventail de couleurs et de contrastes étonnants. »

« Ce que je pense de Garcia-Fons ? », dit Dorantes. « C’est surtout un grand ami. Le flamenco lui vient de son père et il en maîtrise très bien le langage. C’est un grand virtuose de la contrebasse. Il est très précis, et sa capacité mélodique d’expression me fascine ». Dans une autre entrevue, le pianiste avait également parlé de la beauté du son de son collègue et de l’amplitude de son esprit.

Répertoire équilibré

Les deux ont fait partie du Free Flamenco Trio avec le flûtiste bulgare Théodosii Spassov et, dans ce projet, le répertoire était essentiellement constitué des compositions de Dorantes. Mais cette fois-ci, la situation est différente : « On part des palos flamencos [les types de flamenco], puis on construit un langage pour piano et contrebasse. C’est plus intime, on le fait sans percussions et le répertoire est très équilibré entre les compositions des l’un et de l’autre. C’est une mosaïque entre les deux », explique Dorantes.

Si Garcia-Fons exprime une préférence pour la solea, la « mère du flamenco », les deux artistes aiment et peuvent se plonger dans tous les palos. Dorantes retient surtout du flamenco, l’expérience, l’expression : « Je vois le flamenco dans son ensemble et non séparément style par style », résume-t-il. Et dans leur disque Paseo a dos, les deux compères passent d’un palo à l’autre : « parfois même dans le même morceau, ce qui ne se fait pas normalement », relate le Français. « On mêle des styles plus récents à des plus anciens. Il y a des styles plus profonds, comme la solea et des plus légers, comme le tango et la faruca ».

Avec fougue et passion

Dans Paseo a dos, on passe aussi par le rythme rapide de la buleria, les tempos plus lents de la malagueña, le côté nostagique de la guajira, ce blues des campagnes, la gravité de la seguerilla, le rythme plus libre de la rondeña et plus encore. Dans Mar a rayo, on enchaîne même au moins trois styles. Mais au-delà des palos, il y a ces interprètes qui jouent avec fougue et passion ou avec intériorité et délicatesse. Certains passages sont aérés, au piano comme à la contrebasse. On joue ensemble, on se suit en hétérophonie, on s’éloigne du thème. On interprète avec une grande expressivité lyrique, on sort l’archet en douce, on joue la contrebasse comme une guitare, on projette le piano dans les espaces aériens, on reprend le flamenco, on improvise en jazz, on intègre des couleurs impressionnistes.

Il s’agit donc d’une véritable promenade à deux, la traduction très libre de Paseo a dos, ce qui permet au duo de s’imprégner du flamenco pour le faire passer ailleurs. Et ils le font brillamment.

 

Dorantes et Renaud Garcia-Fons

À la salle Ludger-Duvernay du Monument-National, lundi 4 juillet à 20 h