Ilam: un homme de tripes

Le musicien sénégalais Ilam fait en ce moment partie des Révélations Radio-Canada.
Photo: Adriana Garcia Cruz Le musicien sénégalais Ilam fait en ce moment partie des Révélations Radio-Canada.

Ilam a du charisme à revendre : homme de tripes à la voix mordante et aux chansons d’espoir, il touche fort. Moins d’un an après son arrivée à Montréal en 2014, il était déjà considéré comme une perle à la Vitrine des musiques locales métissées. Il est maintenant consacré Révélation Radio-Canada. Il poursuit sa route avec ses chants poignants, son reggae rock métissé, son blues lancinant, son Vigneault africanisé et sa vision : celle d’un artiste qui veut aller loin en refusant de se cantonner dans une étiquette. Ce dimanche, il offre son concert extérieur à l’esplanade Clark.

Ilam ! Ce nom résonne comme la renaissance du printemps. Il le décrit : « Ilam signifie “l’eau de l’espoir”, l’eau de source, l’eau de pluie. S’il ne pleut pas, ça ne marche pas pour les cultivateurs, Ilam, c’est l’eau qui reste  Pour la suite, le partage, le message et aussi le nomadisme, car Ilam est du Sénégal, élevé dans le Fouta au nord du pays, là où les Peuhls plus nomades portent une musique relaxe qui laisse beaucoup de place aux paroles, à l’histoire, aux émotions et à la voix. Ilam admire d’ailleurs Baaba Maal, un grand porteur, un Toucouleur comme lui.

Mais Ilam est également de Dakar, la cité qui lui a inspiré ses premières expériences musicales dès l’âge de quatorze ans, lorsqu’il a commencé la guitare. D’origine noble, il ne devait pas chanter, mais la voie du rap l’a mené en 2005 vers la formation du groupe Beneen Squad. Il raconte : « À ce moment, il y avait beaucoup de gangsta rap dans ma banlieue. On a voulu changer le visage du rap en faisant du rap soul. On voulait faire savoir que les chansons peuvent aussi parler du bien. On s’est rendus jusqu’au Forum social mondial et au Festival mondial des arts nègres. On avait de l’avenir. »

Dans Beneen Squad, Ilam composait, jouait la guitare, rappait un peu, mais chantait davantage. Depuis toujours, il écoute de tout, peu importe l’étiquette, d’Ayo, à Gary Clark Jr., Lauryn Hill et plusieurs autres : « Je cherche ce que je dois apporter de nouveau, dit-il. Avant mon arrivée ici, j’avais commencé à mélanger du soul avec beaucoup de reggae. Je ne veux pas m’enfermer. Je peux faire tout, mais en gardant ma personnalité. Avec mon groupe québécois, on veut réussir, arriver quelque part, amener la musique qu’on fait ailleurs, représenter le Québec et le Canada partout dans le monde parce que ce pays m’a beaucoup donné, m’a donné tous les outils dont j’ai besoin. Partout où on va, on veut laisser une trace. Parce que je suis un nomade, je porterai ma musique partout si possible. »

Il ne manque pas de détermination. Lorsqu’il a présenté sa candidature pour la Vitrine des musiques locales métissées en 2014, il n’avait toujours pas de groupe et ne connaissait pratiquement personne ici. Il écume alors des clubs de musique, parvient à rassembler des musiciens, dont l’excellent guitariste Asane Seck, monte sur la scène de l’Astral pour un minispectacle, puis récolte le prix Coup de coeur du public et celui des Francos.

C’est aussi un artiste à contenu social : « La plupart de mes messages, c’est de dénoncer ce qui se passe un peu partout dans le monde. Je chante toujours la paix et l’amour. Je protège les enfants, leur éducation, leur santé : c’est un volet sur lequel je mise beaucoup. Je parle des jeunes qui quittent leur pays pour venir en occident en pensant trouver l’eldorado, ce qui n’est pas le cas. Je me considère comme la voix des sans-voix. S’il y a un message qui passe et que je sens des mots à dire, je vais écrire une chanson. »

Sans en comprendre tous les mots, il a fortement ressenti ceux de J’ai planté un chêne du grand Gilles. Il l’a reprise à sa façon. Il a hâte de la chanter avec lui. Il y parviendra et il ira loin. C’est un homme de tripes.

Ilam

À l’esplanade Clark, dimanche 3 juillet à 20 h