Forteresse souverainiste

Le groupe Forteresse
Photo: Catherine Leclerc Le groupe Forteresse

Groupe pilier de la scène black métal québécoise, Forteresse sort Thèmes pour la rébellion en hommage aux Patriotes, sujet récurrent pour une formation construite comme tête de pont de la cause souverainiste. Car Forteresse a ce combat gravé dans le coeur, jusqu’au numéro de téléphone que Le Devoir a dû composer pour rejoindre le groupe et qui se finit par… 1837.

En sortant l’album le jour de la Saint-Jean, le groupe originaire de Québec a voulu se « souvenir [du] sacrifice de nos ancêtres ». Sur des rythmes beaucoup plus incisifs et martiaux qu’auparavant, les artistes signent des textes qui dépeignent cette ère violente et tourmentée des Patriotes. « L’ambiance générale de l’album a été construite pour rappeler cette période, indique Moribond, guitariste, mais les paroles des pièces pourraient très bien être transposées à d’autres conflits, que ce soient ceux du FLQ ou même, à un moment donné, à la modernité. »

En Norvège, ils ne sont pas gênés de chanter en norvégien. Pourquoi, nous autres, on serait gênés de chanter en français, au Québec ?

 

« On se sent bizarre, nuance toutefois Matrak, guitariste principal, parce que tout le monde insiste pour situer Thèmes… avec la rébellion de 1837. Alors qu’on n’y pensait pas forcément. » Même si le groupe est flatté que son disque rappelle à son public l’époque de Louis-Joseph Papineau. Disons que la pochette, L’incendie du faubourg Saint-Jean de Joseph Légaré (1848), le titre d’introduction, Aube de 1837, et l’extrait du documentaire Épopée d’Amérique de Gilles Carle sur la bataille de Saint-Eustache, au début du Sang des Héros y sont pour quelque chose.

Pourtant, le groupe se réfère peu à l’histoire des événements. « Ça n’a jamais été l’idée que de relater des hauts faits historiques, explique Moribond. On aurait pu le faire, raconter une bataille à travers une chanson. Mais j’aime que ça reste plus abstrait que ça soit un peu plus contemplatif. » Fiel, batteur du groupe, abonde dans ce sens « [L’objectif] est vraiment de créer une texture musicale qui va aller connecter finalement l’auditoire avec une ambiance, un folklore, les traditions québécoises, son histoire, et son présent aussi. »

Albert Lozeau

Avec Vespérales, Forteresse a mis en chanson un poème d’Albert Lozeau, poète du début du XXe siècle. Le choix a été tout naturel pour Moribond. « C’est un poète assez méconnu au Québec malheureusement. On ne connaît pas beaucoup nos poètes, au Québec, au-delà de [Émile] Nelligan. Je trouve [que les poèmes de Lozeau] vont être très près de la nature. Ce sont des valeurs qui se rapprochent de ce qu’on avance dans Forteresse. »

Évolution

Néanmoins, Forteresse évolue. Ainsi, les extraits de rigodon, qui marquaient les albums précédents et censés créer des parallèles entre musique traditionnelle et musiques actuelles, ont disparu. « Les gens ne comprenaient pas toujours ces inclusions au début des pièces », explique Moribond. « Le nouvel album est différent des autres, rajoute Matrak, tant dans la composition que dans les dynamiques. D’un certain côté, c’était une bonne occasion de changer ça et prendre le monde par surprise. »

Le quartet est l’un des derniers bastions de la scène « métal noir québécois », très active dans les années 2000, qui avait pour ambition de défendre le souverainisme et la culture québécoise. Mais auprès du public des initiés, si le black métal est envahi par l’anglais, chanter dans sa langue natale les gloires passées peut être signe d’une idéologie d’extrême droite, comme sur certaines scènes est-européennes. Forteresse est catégorique, « dans les pays scandinaves [où le genre est né au début des années 1990], c’est l’expression classique de leur culture : ils parlent de leur folklore et ils chantent dans leur langue. En Norvège, ils ne sont pas gênés de chanter en norvégien. Pourquoi, nous autres, on serait gênés de chanter en français, au Québec ? » soutient Matrak. « Surtout qu’on a une culture et un folklore à mettre en avant, ajoute Moribond. Forteresse, c’est surtout ça, ce n’est pas la glorification, mais c’est la mise en valeur de la culture québécoise. Et pas nécessairement au détriment des autres cultures. » De quoi faire taire les mauvaises langues.

Thèmes pour la rébellion

Forteresse, Sepulchral Productions