Montréal baroque: l’autre fête!

La violoniste Lina Tur Bonet se mesure aux «Sonates» et «Partitas» de Bach plus qu’elle les domine.
Photo: Pablo F. Juarez La violoniste Lina Tur Bonet se mesure aux «Sonates» et «Partitas» de Bach plus qu’elle les domine.

Le Festival Montréal baroque, qui a débuté jeudi avec une soirée shakespearienne, regagnait pour le jour de la Saint-Jean ses quartiers d’origine du Vieux-Montréal. À 14 h, vendredi, à la salle de la Commune du Marché Bonsecours (particulièrement mal signalée), l’une des invités d’honneur de cette édition 2016, la violoniste baroque Lina Tur Bonet, amorçait son cycle de Sonates et Partitas de Bach. Le second concert se tiendra samedi, à 21 h, à la salle Redpath, et le troisième dimanche, à 16 h, dans le Hall d’entrée du pavillon des Arts de l’Université McGill.

Sur son site Internet, Montréal baroque n’hésite pas à barrer sa page d’accueil d’un gros sceau « Complet », qui risque de refréner les ardeurs de plus d’un mélomane. En fait, ce sont cinq des concerts, dont ceux de samedi à 11 h et 14 h et celui de dimanche à 11 h, qui refusent du monde. N’hésitez pas à consulter le site www.montrealbaroque.com pour savoir précisément à quoi vous en tenir.

La violoniste que nous avons entendue vendredi est imparfaite, mais attachante. Si l’on veut résumer la chose en une phrase, on dira que Lina Tur Bonet se mesure aux Sonates et Partitas de Bach plus qu’elle les domine. On sent l’âpreté de la tâche, mais l’artiste sait nous mettre en sympathie avec elle.

La sculpturale jeune femme façonne son Bach avec une intelligence des phrases et des affects. Le douloureux premier mouvement de la Sonate no 1 est abordé de manière grave et posée, une pondération et une mesure qui gagnent également le volet suivant. Dans le schéma de la construction majoritairement bipartite des deux oeuvres, Lina Tur Bonnet observe la première reprise, mais élude la seconde, ce qui rend plus perceptibles l’arche générale et la relation entre les mouvements, surtout dans la 1re Partita.

L’atout de Lina Tur Bonet est sa sonorité, superbe et égale, avec une très belle corde de sol. Les embûches sont, notamment, les triples cordes de la 1re Sonate. Il y a pas mal de petites scories dans le jeu, mais l’allure générale est juste. Comme le rappelait l’excellent Gilles Cantagrel, dans un bref intermède enrichi par une mélodie du Cahier d’Anna Magdalena par le baryton Jesse Blumberg et le claveciniste Eric Milnes, selon un mot de Philipp Spitta, les Sonates et Partitas sont « la lutte de l’esprit contre la matière ».

La matière est ardue, l’esprit de Lina Tur Bonet est lucide et fin.

Bach en tumultes I

Jean-Sébastien Bach : Sonate pour violon seul no 1, BWV 1001 et Partita pour violon seul no 1, BWV 1002. Lina Tur Bonet (violon). Marché Bonsecours, vendredi 24 juin 2016.