Les gros chars d’Adamus

Bernard Adamus
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Bernard Adamus

À force de faire de la tournée et de passer sa vie dans un camion, ça finit par teinter le langage des créateurs. Comme Bernard Adamus, qui finit par parler de route et de voiture dans ses chansons. Plus de trente spectacles après sa rentrée montréalaise au Coup de coeur francophone en novembre, le grand bum à la voix de gravelle était de passage au Métropolis dans le cadre des FrancoFolies. Et force est de constater que son spectacle, si on peut détourner l’expression populaire, et bien c’est « les gros chars ».

Rodé, Bernard ? Rodé accoté. Pas besoin de GPS, lui et ses musiciens connaissent exactement le chemin à emprunter, et ont les deux mains sur le volant. On remarquait vite plein de petites et de grosses différences dans les interprétations en comparaison au disque, notamment la présence des cuivres, essentielle à ce concert.

En tout temps, Adamus est accompagné d’un musicien alternant entre le saxophone et la clarinette basse, donnant une touche jazz à son folk-rock bouillant. Par moments, l’équipage met le pied sur l’accélérateur et prend de l’ampleur, avec deux cuivres et trois choristes s’ajoutant au sextuor de base. Et même à onze, tout trouve sa place, tout s’entremêle. Une mécanique de haut niveau.

Déjà en ouverture, sur Le blues à GG, les musiciens échangeaient les solos. Fulton Road, tout en douceur, a prouvé que le moteur de la bande grondait joliment même à bas régime. Et que dire de Rue Ontario, méconnaissable avec son allure de musique de film de gangsters. Un peu plus et Dick Tracy arrivait sur scène. La question à 100 piasses était peut-être la plus complète en matière d’orchestration, mêlant les cuivres et les choristes, proposant un solo de banjo et un clin d’oeil classique au piano en fin de chanson.

Bernard Adamus était bien en voix, intense sur scène, souvent plié sur sa guitare en la martyrisant un brin. On ne peut lui reprocher que de bâcler ses présentations de chansons, expédiées ou mâchonnées. Mais bon, qu’il ne regarde pas trop dans le rétroviseur, au moment d’écrire ses lignes juste avant le rappel, la promenade dans l’Adamus mobile avait été un charme. Un charme à 160 kilomètres-heure, mais un charme quand même !

Mon Doux Saigneur

En ouverture, le choix du groupe Mon Doux Saigneur était fort approprié, la musique de la formation finaliste des dernières Francouvertes étant assez peu polie, vibrante. Le leader du groupe, le chanteur Emerik St-Cyr, avait davantage de contenance que lors de la finale dudit concours, sans toutefois faire trop de vagues. Les ambiances étaient plutôt sombres, la voix baignée d’écho. Mon Doux Saigneur faisait penser à Philippe Brach, tout en plongeant dans un univers plus country, surtout lorsque la guitare slide sort de son étui. Geste sympa, le groupe a donné 1000 exemplaires de son EP au public. « On a tout étampé ça, un par un », a lancé St-Cyr.
 

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