Le reggae du grand frère

Alpha Blondy
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Alpha Blondy

Jeudi soir, Alpha Blondy animait la Grande Fête multiculturelle à la place des Festivals avec un reggae roots sans grandes surprises, mais parfaitement maîtrisé. Avec les huit musiciens de son Solar System, il a parcouru quelques-uns de ses grands classiques et d’autres titres qui sont tirés de son plus récent disque, Positive Energy.

Comparativement aux grands mouvements scéniques de Tiken Jah Fakoly, c’était le reggae du grand frère, celui qui ne passe pas la soirée à bouger ou à courir, mais qui connaît l’importance d’un geste bien placé et qui sait comment ménager son énergie. Il se tient souvent penché en chantant, mais lorsqu’il se déplace, il peut encore le faire rapidement. Il ne parle pas souvent, mais lorsqu’il le fait, le message porte et on a presque l’impression d’un discours politique. « Personne n’a le droit de tuer au nom de Dieu », clame-t-il en présentant Crime spirituel, et les gens réagissent sur le champ. Plus tard, avant la pièce Peace in Liberia, il rajoute : « On aurait dû dire peace dans le monde. »

Lorsqu’il chante, sa voix très particulière porte dans les hauteurs, mais il peut aussi parfois crier dans les pièces. Les deux choristes-danseuses lui donnent une répartie poignante qui n’est pas sans rappeler certains accents de gospel. Avec elles, il chante à l’unisson et lance les appels. Mais, au lieu des choristes, la guitare électrique ou les deux cuivres peuvent également répondre. Tout cela est bien équilibré d’une pièce à l’autre.

En intro, un montage électro créera l’atmosphère. On y entend dès le début America, Côte d’Ivoire et Positive Energy. La guitare est forte et les cuivres sont à l’avenant. La table est mise pour l’arrivée de la star qui entame Jerusalem sur le ton du recueillement avant que débute son reggae roots façonné par un band bien soudé. Il sera parfois plus rock, mais en ne s’éloignant pas trop de la base du reggae, les couleurs musicales plus africaines des disques comme Vision ou Jah Victory ne sont pas en évidence ici.

« Jérusalem, je t’aime » : le ton est lancé, le message sera pacifique et spirituel. Alpha enchaîne rapidement comme il le fera presque entre toutes les pièces. Il chante l’arc-en-ciel pour les meilleurs jours qui s’en viennent sur un ton roots en contraste avec ce qui va suivre : No Brain, No Headache sur un riff hendrixien avec la pédale wah-wah très énergique sur les syncopes et les basses fréquences. Et cela fonctionne à merveille.

En règle générale, un même grand flot submerge la foule pendant tout le concert, avec toutefois des nuances d’une chanson à l’autre. Les cuivres et la guitare résonnent plus fort dans Macloclo Maclacla, la foule chante en choeur dans le classique Cocody Rock, Alpha se déchaîne vocalement dans Ingratitude et les choristes disparaissent le temps de Sweet Fanta Diallo, un autre titre-culte de l’Ivoirien.

À ce moment, une grande chanson manquait à l’appel : Brigadier Sabary. Parions que le grand frère du reggae la gardait pour la fin. Il laissera encore une fois le souvenir d’un artiste qui chante avec âme des messages qui ont toujours leur importance.
 

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