Musique classique - John Corigliano à Montréal

La scène musicale montréalaise accueillera un hôte de marque cette semaine en la personne de John Corigliano, le célèbre compositeur de la musique du film Le Violon rouge de François Girard. On aurait tout à fait tort de cataloguer Corigliano parmi les compositeurs de musiques de film. Il est tout sauf cela et n'avait précédemment que deux autres trames sonores à son actif, l'une pour Au-delà du réel (Altered States) de Ken Russell en 1980, l'autre pour Révolution de Hugh Hudson, en 1985, avec Al Pacino et Donald Sutherland.

«Dans Le Violon rouge, explique-t-il, j'avais été impliqué dès la conception du film. Il existe plusieurs versions de cette musique, celle du film et, notamment, la Chaconne, mais aussi, à présent, un Concerto en quatre mouvements, créé en septembre 2003 à Baltimore et que Joshua Bell joue un peu partout aux États-Unis cette saison. J'ai ajouté à la Chaconne du film trois mouvements. C'est une oeuvre dans la tradition des concertos pour violon, c'est-à-dire une partition très romantique; le film m'a détendu à ce sujet et j'ai laissé aller mon inspiration.» Un sacré chemin parcouru donc, depuis l'athlétique Concerto pour piano, créé en 1968 et enregistré par... Alain Lefèvre dans un disque Koch.

Dans tous les genres

John Corigliano ne veut surtout pas se voir accoler une image de compositeur pour le cinéma: «Un tel compositeur doit créer de la musique de toute sorte, par bribes, un peu dans tel style, un peu dans tel autre: c'est un tout autre travail. Je veux m'exprimer sans ces contraintes et la seule chose qui m'intéresserait dans ce domaine, c'est un film d'animation, car la musique se crée en amont et c'est un champ d'activité bien plus inventif.»

Corigliano a créé dans tous les genres musicaux, même l'opéra avec The Ghosts of Versailles, créé au Metropolitan Opera en 1991. En discutant avec le compositeur, on se rend compte que son monde est en premier lieu l'orchestre. C'est d'ailleurs dans ce milieu qu'a grandi ce New-Yorkais, né en 1938, dont le père fut de 1943 à 1966 1er violon solo du Philharmonique de New York. Corigliano a remporté en 2001 le prix Pulitzer en musique pour sa 2e Symphonie, sur le point de paraître en disque sur label Ondine: «Je viens d'en approuver le montage, la semaine dernière. La 2e Symphonie, pour cordes, commandée par l'Orchestre symphonique de Boston, fut, à l'origine, un quatuor, écrit pour le Quatuor de Cleveland pour sa tournée d'adieux après 35 ans de travail en commun. C'est une oeuvre nostalgique, mais qui pousse la formation du quatuor dans ses derniers retranchements. L'élargissement à l'orchestre lui a donné une nouvelle perspective, à travers une nouvelle écriture.»

Après la version du Philharmonique d'Helsinki (50 musiciens), nous entendrons, l'an prochain chez Chandos, l'enregistrement d'I Musici de Montréal, qui ont gravé l'oeuvre à 18 musiciens. John Corigliano se réjouit de la juxtaposition de ces perspectives.

À Montréal, Corigliano présentera sa 1re Symphonie. Commissionnée par l'Orchestre symphonique de Chicago alors que Corigliano y était le compositeur en résidence (de 1987 à 1990), la 1re Symphonie se veut une prise de position musicale face au drame du sida: «Je l'ai écrite pour les amis que j'avais perdus et un ami qui était en train de mourir. C'est évidemment un oeuvre très chargée émotionnellement, à l'échelle de la tragédie, c'est-à-dire avec une orchestration très opulente. Elle est conçue en trois mouvements et un épilogue. Chaque mouvement est dédié à un ami disparu, le premier à un pianiste, le second à un homme de concerts, le troisième à un ami d'université violoncelliste.» Créée en 1991 à Chicago, la Symphonie n° 1 a été enregistrée par Daniel Barenboïm pour Erato et Leonard Slatkin pour RCA. C'est Jacques Lacombe qui la dirigera en première montréalaise, les mardi 17 et mercredi 18 février lors d'un concert-événement qui accueillera également le fameux pianiste Lang Lang, adulé aux États-Unis. Corigliano travaillera, quant à lui, dès cet été, à une 3e Symphonie, qui utilisera l'effectif complémentaire de la Seconde — un orchestre de vents.