Télévision - Star Académie, prise 2

On pourra vraiment dire qu'au Québec il y a eu un avant et un après-Star Académie. L'émission a eu un tel impact, suscité de tels débats, ravi ou révulsé tellement de téléspectateurs, qu'il est impossible de passer à côté. Non seulement il existe peu d'émissions devenues en si peu de temps la référence ultime de ce qu'on aime ou de ce qu'on déteste, mais on n'a pas souvenir non plus d'une émission qui, quelques mois à peine après sa diffusion, ait donné lieu à la publication d'une étude par un universitaire de l'UQAM (Le Phénomène Star Académie de Jean-Pierre Desaulniers, aux Éditions Saint-Martin).

Une des façons de comprendre le phénomène serait de consulter la une du Soleil du 4 février dernier. Ce jour-là, le journal publiait un long reportage sous le titre de «Génération Star Académie» en expliquant que l'émission provoque maintenant un engouement sans précédent pour les écoles de danse et de chant. Les enfants et les pré-adolescents de 2004 partagent un même rêve, celui de devenir célèbres. Ils croient que la télévision «transforme les vies ordinaires en destinées extraordinaires».

La conclusion de l'étude de Desaulniers allait un peu dans le même sens. Celui-ci ne s'était pas gêné pour critiquer l'émission, expliquant qu'à la fameuse académie «on a fait semblant d'apprendre, on a dressé des petits chiens savants pour qu'ils exécutent des numéros», jugeant aussi l'émission «profondément régressive et conservatrice» en matière de musique. Mais malgré ses mots très durs, il concluait que l'émission faisait «croire à la magie» et qu'elle offrait le désir de rêver.

En France, le concept original de Star Academy (les Français écrivent le titre à l'anglaise, évidemment!) semble se porter plutôt bien. La troisième mouture de la série, qui se terminait en décembre sur TF1, aurait généré un fabuleux chiffre d'affaires de 100 millions d'euros. Les producteurs se sont d'ailleurs lancés dans une profusion de produits dérivés, des pyjamas aux jouets en passant par le parfum et la boîte à lunch.

Au Québec, le concept, acheté par TVA et les Productions J, n'a pas suscité autant de produits dérivés. Mais l'hiver dernier, l'entreprise Quebecor avait réquisitionné toutes ses composantes (magazines, quotidiens, chaîne de télévision, câblodistributeur, entreprise Internet, magasins Archambault... ) pour mener une promotion intensive de l'émission afin d'engranger le plus de profits possible. Sur cette mégaconvergence, les avis demeurent encore partagés. Chez TVA par exemple, on soutient que l'émission aurait quand même très bien fonctionné sans cette immense machine promotionnelle et que des campagnes de promotion massives pour des produits nuls n'ont donné aucun résultat. Argument auquel on pourrait rétorquer que, puisque ça aurait très bien fonctionné sans campagne, Quebecor n'avait sûrement pas besoin d'en beurrer aussi épais, au risque de provoquer un phénomène de rejet. Mais il semble que le patron de l'empire, Pierre Karl Péladeau, ne soit pas très sensible à cet argument...

Remarquez qu'il existe quand même un espace de liberté dans Star Académie. Tout n'est pas prévu au millimètre près. Malgré la précision de la machine de production, on ne sait pas comment se comporteront les candidats dans la nouvelle édition lancée cette semaine. On ne sait pas quel drame éclatera, le cas échéant. On ne sait pas non plus si un artiste véritable et extraordinaire émergera du lot. C'est pourquoi des centaines de milliers de téléspectateurs seront encore à l'écoute, vivant un suspense continuel pendant neuf semaines, oubliant leurs soucis en ayant l'impression de partager l'intimité d'un groupe de jeunes scrutés par la caméra, se mobilisant aux quatre coins du territoire pour sauver «leur» candidat.

Star Académie 2004, premier gala hebdomadaire dimanche 15 février à 19h30, émission quotidienne à compter du lundi 16 février à 19h30, TVA.