Reconstruire les ponts

Dominique A a lancé son premier disque en 1992, et s’est taillé avec les ans une place de choix dans le cœur des amateurs de chanson française.
Photo: Richard Dumas Dominique A a lancé son premier disque en 1992, et s’est taillé avec les ans une place de choix dans le cœur des amateurs de chanson française.

Même s’il est devenu au fil des années un des grands auteurs de chanson dans l’Hexagone, il y a tout un décalage à combler entre le chanteur Français Dominique A et le Québec. Son onzième et plus récent disque, le fort joli Éléor, a pris un an avant de se rendre à nous, et le vétéran musicien a laissé passer dix ans depuis sa dernière visite : c’était aux FrancoFolies, sur les planches du… Spectrum. C’est dire.

Au bout du fil, devant ces faits, on sent Dominique A faire un rictus et se gratter le crâne. Et il en rajoute une couche. « Pour tout vous dire, j’ai découvert à peu près en même temps que vous que le disque sortait officiellement au Québec. J’y ai fait un voyage touristique y’a pas longtemps, je suis rentré chez moi le 12 mai, pour découvrir avec stupéfaction que le disque sortait chez vous le 13 ! »

Allez, le guitariste s’excuse pratiquement, ce n’est pas une situation désirée, et s’explique mal comment les liens, jadis plus solides entre lui et nous, se sont amincis. « C’est lié à des questions très économiques, je pense. La première fois que je suis venu au Québec, c’était au Festival d’été de Québec, après c’étaient des rendez-vous réguliers, les disques étaient distribués, et au fur et à mesure, j’ai eu l’impression non pas d’une désaffection du public québécois, mais que la logistique était compliquée. »

La bonne nouvelle dans tout ça, c’est que les fils logistiques se sont visiblement dénoués : le disque est en magasin, et Dominique A sera à L’Astral vendredi, dans le cadre des FrancoFolies.

En rupture

 

Comme son album Éléor est une bulle ronde et douce, enrobée de cordes, le chanteur — et aussi écrivain — préfère tout de suite prévenir que son concert est plutôt en rupture avec l’énergie du disque. « Au début c’était un peu le cul entre deux chaises, je voulais qu’on reste dans un truc très lustré, mais on a toujours eu pas mal d’énergie sur scène, et je n’arrivais pas à trouver ma place. De fil en aiguille, le naturel a repris le dessus et le répertoire s’est un peu durci. Et c’est rigolo, on s’est aperçu que les morceaux les plus doux sur le disque, qui sont les mieux réussis, comme Éléor, L’océan, Au revoir mon amour, deviennent en fait des pauses dans le concert. »

Au moment de créer Éléor, Dominique A avait en tête de poursuivre ce qu’il appelle « une tentative d’ouverture » auprès de son public, en revendiquant « une certaine forme d’évidence mélodique, d’être sur des terrains assez feutrés. » Pour le chanteur, c’était une façon de marquer sa « désolidarisation avec le son de la musique pop actuelle, qui est très compressé, dans laquelle finalement il y a une grande agressivité. »

Connu pas connu

 

Dominique A a lancé son premier disque en 1992, et s’est taillé avec les ans une place de choix dans le coeur des amateurs de chanson française. Reste qu’il se considère encore « à la croisée des chemins. » « C’est-à-dire un endroit intermédiaire entre la marge et le grand public, suivant les disques. J’ai une exposition qui est moindre par rapport à des gros bidules, on va dire, mais en même temps qui est plus large que la moyenne de ce qui se fait dans l’indépendant. »

Depuis plusieurs années, il écrit aussi beaucoup pour les autres, et souvent pour de gros noms, comme Calogero, Michel Delpech, et Étienne Daho. « C’est aussi une façon de faire son métier dans un tout autre registre, où là je suis moins exposé parce que je ne suis pas le chanteur. C’est une vraie chance qui m’est donnée, si ça peut durer comme ça encore quelques années… De toute façon, j’ai à peu près renoncé à l’idée d’accéder aux oreilles du plus grand nombre, je suis à un niveau d’exposition maximal en France par rapport à ce que je fais. Je le déplore et en même temps je m’en accommode ! » En tout cas, il lui reste du terrain à reconquérir au Québec !

 

La joie du vinyle

En février, Dominique A a mis en vente ses 10 premiers albums en format vinyle, des parutions qui l’ont grandement réjoui. « C’est une vraie satisfaction. Je suis arrivé en 1992, au moment où le vinyle disparaissait, et je le déplorais. » Son label d’alors, voyant le CD arriver, avait refusé de presser son premier disque en 33 tours. Il lui aura fallu 24 ans avant d’avoir un exemplaire sillonné en main. « Mine de rien, le disque n’est pas mort, le vinyle durera plus que le CD. C’est une façon de faire vivre son répertoire, tout simplement, c’est un truc qui est déterminant. Mon rapport à la musique n’est pas du tout dans la dématérialisation, j’ai besoin d’objets. […] Le vinyle va témoigner du fait qu’on est passé sur cette planète ! »

Dominique A

En concert à L’Astral le vendredi 17 juin, 19 h 30. Première partie : Philémon Cimon.



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