Alpha Blondy: le temps de l’arc-en-ciel

L’Ivoirien Alpha Blondy, le premier à avoir introduit une langue africaine dans le reggae.
Photo: Source FrancoFolies L’Ivoirien Alpha Blondy, le premier à avoir introduit une langue africaine dans le reggae.

Dans sa Côte d’Ivoire natale, on l’appelle Jagger, mais il fut le premier à introduire une langue africaine dans le reggae. En dioula, son nom signifie « bandit », mais il s’est toujours intéressé à l’univers cosmique, d’où le nom de son brûlant groupe, Solar System, avec qui il vient offrir son plus récent album, Positive Energy, ce jeudi à la place des Festivals, dans le cadre des FrancoFolies.

Ce titre, chacun de ses albums aurait pu le porter. N’empêche, c’est le disque des featurings et l’énergie positive et trempée dans le monde des Ijahman Levi, Tarrus Riley, Nawfel, Assim, Ismaël Isaac, Pierrette Adams et Jacob Devarieux de Kassav’, pour ne nommer que ceux-là.

Le disque débute avec Rainbow in the Sky, le nécessaire moment multicolore après les tempêtes, et se termine par la nécessité de revenir à l’essentiel : l’amour ce « don du ciel ». Entre les deux, toujours ce voyage entre la spiritualité et le caractère social que l’on trouve depuis les débuts dans les chansons d’Alpha. Il acquiesce : « Ces deux éléments sont toujours très présents dans ma musique. Surtout le spirituel : si tu aimes Dieu, tu vas aimer les hommes. »

Hommage à grand-mère

Le disque Positive Energy en témoigne. Dans Allah Tano, Alpha Blondy rend hommage à sa grand-mère. Le ton est à la tolérance, le reggaeman voulant montrer que l’islam « n’est pas la propriété de quelques violents ». Puis, dans Lumière, il chante « Nous sommes les templiers de l’univers. Nous sommes pensées, nous sommes prières. Et nos âmes à l’unisson chantent la gloire de la création. » Nous entrons ici dans l’univers que le chanteur explore depuis longtemps, celui du panthéisme qu’il nous avait déjà expliqué en entrevue : « Tout est Dieu. Tu vois Dieu partout et tout ce que tu fais, tu le fais au nom de Dieu. Cela n’a rien à voir avec l’appartenance à une quelconque religion. » Cette semaine, le pionnier du reggae africain a réitéré cette orientation.

Mais cela n’empêche pas la dénonciation. Séchez vos larmes est une critique contre les hommes politiques plus enclins à faire la guerre qu’à nourrir les gens. Maclacla Macloclo est un plaidoyer contre les coups d’État, Madiba m’a dit, un hommage à Mandela et Freedom, une ode à la liberté qu’il a écrite en 1978. Par rapport à cela, où en est-on rendu actuellement dans sa Côte d’Ivoire ?

Convalescence

« Le pays est en pleine convalescence, il est en train de se reconstruire et on est en train d’essayer de recoller les morceaux, répond-il. La réconciliation met du temps, c’est pas évident, mais on ne désespère pas. Le président Alassane Ouattara a fait beaucoup dans ce sens et on compte sur lui et son gouvernement. » Le reggaeman a récemment appelé le président Ouattara à favoriser le retour des exilés et la libération de Laurent Gbagbo, ex-président et rival de Ouattara : « La situation évolue tout doucement, mais je ne peux pas en parler parce que les négociations sont en cours. J’espère que le grand frère Ouattara va faire une amnistie générale pour tous les prisonniers de la crise postélectorale. »

Pendant tout cela, le reggae semble bien se développer en Côte d’Ivoire. Alpha commente : « Je faisais un festival à Jérusalem, un espace que j’ai dans la banlieue abidjanaise, mais le festival Abi Reggae, qui est consacré au genre, a pris le relais. C’est une très bonne chose et si on peut les encourager, on va le faire. Il y a aussi le festival de Magic System qui est un festival de toutes les musiques du monde, y compris le reggae ». Reste un autre projet : alphablondyfm.net, la station radiophonique que le reggaeman a créée en mars 2015 : « C’est une radio planétaire, la radio de tous les genres, celle de la musique arc-en-ciel », dit-il. Avec Alpha, on finit toujours par revenir à cet éclat de lumière.

 

https://www.youtube.com/watch?v=aOvZw0GdwKE

Alpha Blondy

À la place des Festivals, jeudi 16 juin à 21 h. Renseignements : 514 876-8989, 1 855-FRANCOS