Le chant rap de l’homme universel

Vox Sambou, c’est à la fois le rap de quartier et le chant des ancêtres haïtiens, le son des racines de l’Afrique à la diaspora et cette présence très montréalaise ouverte aux réalités de la planète.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Vox Sambou, c’est à la fois le rap de quartier et le chant des ancêtres haïtiens, le son des racines de l’Afrique à la diaspora et cette présence très montréalaise ouverte aux réalités de la planète.

C’était soir de fête mardi, angle Maisonneuve et Jeanne-Mance, alors que Vox Sambou a réuni son groupe pour le concert de son nouveau disque The Brasil Session. Pour l’occasion, la bande s’est convertie en nonnette avec deux choristes et deux joueurs de cuivres pour alimenter un répertoire puisé dans les premiers disques de Vox, mais réarrangé à la suite d’un séjour à São Paulo en 2014.

Vox Sambou, c’est à la fois le rap de quartier et le chant des ancêtres haïtiens, le son des racines de l’Afrique à la diaspora et cette présence très montréalaise ouverte aux réalités de la planète. Mais au-delà du son se trouve une philosophie de la vie, une volonté d’être en famille, une façon de dénoncer les injustices, de louer l’identité et de chercher les valeurs de l’humain universel, déclaration de l’ONU à l’appui ; littéralement : égalité, fraternité… Haïti ! Et ça fonctionne ! En sautillements, en rap, en slam, en chant ou en vocalises quelque part entre les trois. La chanteuse Malika Tirolien y est mordante, puissante, très forte dans le soul ou la plainte qui se dégage des chansons, alors que Vox Sambou, dit, raconte, rappe parfois sur le ton du conte. Et le conte paraît venir de loin, mais il atteint la cible.

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Au début, le soul est puissant et le reggae sautillant avec les «breaks», ces arrêts secs qui nous saisissent, le groupe de Vox étant spécialiste en la matière.

Un enregistrement lance le bal sur un ton rasin en créole avec voix et percussions. Les musiciens plongeront rapidement et des couleurs de samba se feront sentir. Puis, on attaque Dyasporafriken : Malika relance le chant et ses complices projettent un afrobeat rapide et sautillant. On cherche l’identité pour ne pas disparaître. Puis l’orchestre se transforme en band de reggae, mais à sa façon, en plusieurs langues et avec le rythme qui accélère. Les membres du groupe savent s’adapter à plusieurs genres sans détonner.

On parle de misère avec Angelitos : au début, le soul est puissant et le reggae sautillant avec les breaks, ces arrêts secs qui nous saisissent, le groupe de Vox étant spécialiste en la matière. La pièce se termine, le chanteur-rappeur arrête de bouger, comme s’il était devenu un mime. Le bassiste Diegal Léger lance un slam sur un fond de blues. On fait alors sortir la rage avec le public qui se laisse d’abord désirer, mais qui finit par hurler.

On retourne vers les sources mandingues, alors que l’excellent claviériste David Ryshpan imite la kora. Il peut aussi se promener dans les mondes latino, afro, jazz et soul en toute facilité. Le guitariste Christopher Cargnello est un autre caméléon qui voyage entre le solo électrique et le son tournoyant. De son côté, le batteur Jean-Daniel Thibault-Desbiens bat la mesure avec la précision de l’horloger suisse.

Dans Ritmwen, la pièce suivante, David sortira un solo de clavier électrique plus proche du latin jazz. Arrive ensuite le moment des nouvelles pièces, ou à tout le moins les moins connues du public. On évoque les victimes d’Orlando et tous ces immigrés qui ont dû quitter le pays. Vox demande justice et dans la foule résonne un Ayibobo !, alors que Malika se fait vibrante d’intensité. Le méchant sort puissamment, avant que le groupe ne calme le jeu avec un air léger assez vieillot qu’on pourrait sans doute chanter sous la tonnelle : ce genre de mélodie qui fait sourire avec un côté hop la vie qui détonne du reste, mais très agréablement.

On revient en afrobeat et on relance pour le Neg Chante final sur une sorte de danse guerrière, pendant que Malika est à la basse. On se croit maintenant presque au carnaval avec le trombone qui appelle les grandes trompes haïtiennes. D’autant que le soleil finit par se faire radieux. Mais au-delà de l’été qui vient d’arriver, on retient aussi ce grand sentiment de fraternité qui émerge de cette musique de racines qui dit si bien le monde d’aujourd’hui, dans un chant rap universel.

 

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