Vianney «entre l’"entertainment" et le consistant»

En France, l’industrie du disque et du spectacle s’arrache Vianney Bureau.
Photo: J. M. Lubrano En France, l’industrie du disque et du spectacle s’arrache Vianney Bureau.

Vianney Bureau, 24 ans, un peu Tintin dans son pull bleu pâle sur la pochette de son premier album, Idées blanches. L’air sérieux, volontaire, presque défiant, l’air de dire : « Vous ne m’aurez pas. »

En France, l’industrie du disque et du spectacle fait tout pour s’en emparer : on l’a bombardé Artiste masculin de l’année aux dernières Victoires de la musique, un an après la nomination pour l’album, sorti en 2014. Allez hop ! Vedettariat ! Succès phénoménal ! Et voilà le Vianney sur les plateaux des télés, en duo avec les consacrés et les populaires de l’heure (de Souchon à Louane), affiché en lettres rouges à l’Olympia, etc.

Vianney vit tout ça, comme on dit, la tête froide. La tête de la pochette. « La notoriété ne m’excite pas du tout », déclare-t-il d’un continent à l’autre, à quelques jours de son « tout premier voyage aux Amériques ». Les Francos l’ont programmé mardi et mercredi sur deux scènes extérieures. « Voilà, je fais des chansons et un jour, je me retirerai et je les ferai dans mon coin. Il se trouve que là, j’ai envie de les partager, je le fais avec plaisir, et ces belles salles remplies, c’est carrément du luxe. Mais le fait d’être connu ne m’a jamais fait pousser des ailes. Ça n’a jamais été dans mes priorités. »

Il précise, sur la lancée. Vianney aime bien la clarté. « La chanson, c’est pas un métier pour moi, j’écris des chansons depuis l’âge de douze ans et je n’arrêterai jamais, la musique ne me quittera jamais. Alors si le métier devient douloureux à un certain moment, j’arrête le métier. » Rien d’un écorché vif : il a grandi dans « une tribu de gens qui s’aiment », une famille qui a toujours aimé la chanson, de Brassens à Barbara en passant par Gérard Lenorman. « Mes parents ont donné un sens à leur vie, et le sens, ça ne peut pas être des choses futiles, comme le vedettariat. »

Une éthique de l’effort

Il a le goût des tournures étonnantes et des refrains qui s’entonnent, et ça vaut pour ses chansons d’amour (Pas là, Je te déteste) que dans ses indignations (Les gens sont méchants). L’accompagnement est le plus souvent mininal, guitare-voix et pas grand-chose d’autre, néanmoins d’allégeance pop dans les mélodies. « Ce qui me motive, c’est trouver l’équilibre entre l’entertainment et le consistant. J’ai profondément des choses à raconter, mais je ne veux surtout pas être ennuyeux. Pour moi, du Barbara c’est complètement accessible, tout autant que votre Pierre Lapointe, dont je suis absolument fan. »

Sur l’inévitable « édition deluxe » de son album, il chante justement du Barbara (Dis, quand reviendras-tu ?), mais aussi du… Rihanna : Man Down. Pas de limites qui tiennent pour cet affranchi : « J’essaie de voir le bon en chaque chose. Même un Justin Bieber, qui est presque de chez vous, il a fait quelques trucs sublimes. Ça demande peut-être un effort. »

Cette « dimension de l’effort » est centrale chez Vianney : c’est à vélo qu’il s’est rendu à Berlin pour le lancement de son album. « Ce voyage, c’était une façon de mériter cette chance. C’est physique, pour moi. Ça me permet de mesurer la valeur des choses. En fait, c’est une quête de légitimité. » S’il avait pu, il serait venu ici en navigateur solitaire. Le « beau challenge » des scènes extérieures devant un public tout neuf lui suffit pour l’instant. « Je vais chez vous tel un aventurier ! »

 


Vianney - Pas là

Vianney aux FrancoFolies / Joëlle Saint-Pierre / Les Poules à Colin et Stefie Shock

Mardi à 20 h, angle de Montigny et Clark ; mercredi à 19 h, angle Clark et Sainte-Catherine. / À l’angle des rues Clark et Sainte-Catherine, 19 h. / Sur la place des Festivals, à 21 h.