Le Feu! aux poudres

Les membres de Feu! Chatterton sont tous inspirés par des influences musicales différentes.
Photo: Fanny Latour Lambert Les membres de Feu! Chatterton sont tous inspirés par des influences musicales différentes.

Aux poudres, ils sont en train de mettre le feu. Si les cinq garçons français du groupe de musique rock Feu ! Chatterton ont commencé leur aventure il y a quelques années devant des foules parisiennes modestes, les voilà au fil des mois qui attirent de plus en plus de gens en spectacle, devenant même cet été un incontournable des programmations des festivals européens. Et pour la deuxième fois en autant d’années, ils traverseront l’océan dans un grand Boeing bleu de mer pour tâter le pouls du public québécois aux FrancoFolies de Montréal.

De façon grossière, on peut même évaluer le succès de la bande à partir de sa place dans l’horaire des Francos. En 2015, on la voyait vite passer en première partie de Fauve. Douze mois et un album complet plus tard — le joliment nommé Ici le jour (a tout enseveli) —, Feu ! Chatterton a droit à la tête d’affiche du Club Soda.

« Ouais, ç’a fait une espèce de progression, confirme au bout du fil Sébastien Wolf, guitariste et claviériste. Les salles ont grandi, il y a de plus en plus de monde, en France, mais aussi en Suisse, en Belgique. On sent que les gens connaissaient les chansons, que le public est de mieux en mieux avec nous. Quand on a fait cet album au printemps dernier, on était dans une bulle, parfois même on se demandait ce qu’on était en train de faire. On était tous les cinq, en train de se regarder le nombril à écrire des chansons, alors que tout le monde allait sûrement s’en foutre. Et l’album est sorti, il a été super bien accueilli, et on est hyper contents. Après, le Canada, c’est autre chose, on ne sait pas si ç’a été bien reçu, on a pas du tout pu suivre de loin. »

Musique décomplexée

Ici ? Feu ! Chatterton est encore une affaire d’initiés, mais s’inscrit dans une vague musicale française — dont Le Devoir vous parlait l’année dernière — qui met en avant la langue de Molière tout en offrant une musique décomplexée. La formation est menée par le fougueux et théâtral chanteur Arthur Teboul, petite moustache fine sur la lippe supérieure, qui a du Bashung et du Brel dans le nez. Les textes imagés sont des hybrides entre des poèmes et des scénarios de films, et sont livrés sans demi-mesure sur des musiques tantôt rock, tantôt pop ou plus « chanson ».

« Moi, en tant que compositeur, j’aime qu’il y ait une voix qui raconte des histoires, une espèce de conteur qui soit constamment sur le disque, ça nous permet derrière de composer des choses très variées, dans des styles différents, et d’expérimenter avec des synthétiseurs toutes sortes de sons », raconte Sébastien Wolf.

Ce qui fait qu’au final, avec Feu ! Chatterton, la musique est dure à camper dans le temps. Il y a, clairement, de la chanson française de toutes les époques, du rock indie des années 1990, des guitares électriques de plusieurs saveurs. Et des clins d’oeil actuels, comme ces bongos sur Boeing, citation directe de la pièce Reflektor d’Arcade Fire.

« Arcade Fire, on adore, surtout le dernier album. Après, c’est vrai que c’est assez juste ce que tu dis, on est cinq dans le groupe déjà, et cinq à participer à tout. Le batteur [Raphaël de Pressigny] par exemple est très influencé par le jazz, par les musiques africaines. Les deux guitaristes, moi et Clément [Doumic], on est vraiment plus du rock, Led Zeppelin, Radiohead, LCD Soundsystem. Et le bassiste [Antoine Wilson], il vient de la musique classique, car il est contrebassiste, mais il a surtout écouté beaucoup de techno et de musique électronique. Et Arthur, il vient de la soul et de la chanson. Donc, ça fait un mélange, un hybride, qui fait qu’on ne sait pas trop où on est. »

Des dates et des concerts

Feu ! Chatterton en est à une centaine de dates rayées du calendrier de sa tournée commencée il y a environ un an. Il en reste une cinquantaine encore. Et leur progression a forcé les cinq amis du lycée à retravailler leur approche, leur manière de jouer, pour conserver le lien avec le public, moins solide devant 1000 personnes que devant 100.

« Et maintenant, y’a l’étape au-dessus, on a découvert ça la semaine dernière, ce sont les festivals, explique le guitariste. Le premier qu’on a fait, c’est l’Art Rock à Saint-Brieuc, en Bretagne, où on jouait sur une scène de 10 000 personnes. Et pour le coup, on avait l’impression d’être tout nus, de pas savoir jouer ! On a vu Louise Attaque qui jouait juste après nous, et eux ils savent gérer un public comme ça ! C’est des défis à chaque fois, comme dans un jeu vidéo. »

Les cinq musiciens ont réussi à trouver un peu de temps dans leur agenda pour s’isoler et recommencer à composer, à la recherche « d’accidents » qui mèneront à de nouvelles chansons. « C’est le tout début, rien n’est vraiment clair. Après, nous, ce qu’on voudrait, c’est enregistrer un deuxième disque l’année prochaine, mais ça dépend de comment on avance. » Et de l’ampleur du brasier, eux qui viennent d’annoncer un Olympia parisien en octobre.

Feu ! Chatterton

Ce soir au Club Soda, 19 h, première partie : Bernhari, 37,25 $ taxes et frais inclus