«Nanette à l'extrême» au Cabaret du Casino - Y être, ou pas

Bon show, indéniablement. Pas assez de Nanette, tout aussi indéniablement. J'ai comme qui dirait deux appréciations distinctes du spectacle que propose Nanette Workman depuis la semaine dernière au Cabaret du Casino et que les médias et amis découvraient hier. La première assez satisfaisante merci, la seconde profondément déficitaire. Je m'explique.

Il y a que ce «Nanette à l'extrême» est tout ce qu'un client normalement constitué souhaite d'un show pour «ballroom» de casino. C'est mené plus que rondement, la scène est impressionnante avec tous ses échafaudages chromés, ça danse beaucoup, il y a pour ces messieurs-dames de quoi de rincer l'oeil jusqu'à l'embuer (jambes, torses, jambes, torses), la vedette change souvent d'accoutrement (robes moulantes, justaucorps, jeans, la totale), la vedette est en splendide forme, chante formidablement, s'amuse manifestement à danser avec ses danseurs et danseuses et à changer de look aux dix minutes. On ne peut que passer une bonne heure et demie.

Et pourtant. La soirée est bonne à prendre, mais il y a malaise. En vérité, j'ai été pendant presque la moitié de ce «Nanette à l'extrême» en manque de Nanette. Précisément parce qu'il y a de longs moments où le spectacle se déroule sans elle, à la manière d'une revue. C'est voulu. C'est même assez efficace dans la mise en scène. Mais néanmoins frustrant. Voilà comment cela se passe: Nanette est là pour le premier tableau, enfilade de morceaux à tempo moyen du répertoire pop de Nanette (Le Temps de m'y faire, Sans ailes). Et puis les trois choristes prennent le relais dans le tableau suivant, consacré aux comédies musicales: le gars fait le Bruno Pelletier, les filles font leur Luce Dufault, et puis Nanette refait sa Sadia de Starmania et sa Diva de La Légende de Jimmy.

Voyez le problème? Tout ça s'imbrique bien, tout le monde est à la hauteur, mais pour moitié, c'est pas Nanette. Au troisième tableau, ça s'aggrave: avant que Nanette n'arrive avec ses puissantes relectures des chansons de son époque Stones (You Can't Always Get What You Want, Loving Cup, Honky Tonk Women), on a droit dix minutes durant aux choristes rééditant Joe Cocker (With A Little Help...) et les mêmes Stones (Paint It Black, etc.) Séquence pas désagréable, au demeurant. Mais ça lève tellement quand Nanette prend le plancher qu'on se dit qu'avant elle, c'est quand même du temps perdu.

J'ai quitté pour écrire ces lignes alors que le quatrième tableau, celui des «hits», s'amorçait. Deux des trois choristes jouaient au couple, incarnant Tony Roman et sa Nanette des années 60. Ma tête disait: d'accord. Mon coeur disait: dommage. Et le disait de plus en plus fort à chaque pas vers la sortie: dans un show de Nanette, c'est simple, je veux Nanette tout le temps.