Nézet-Séguin capitaine du navire amiral

Nommé nouveau directeur musical du Metropolitan Opera de New York jeudi, Yannick Nézet-Séguin accède à la fonction suprême dans le monde de l’opéra. Lui qui conduisait déjà l’Orchestre de Philadelphie cumulera ainsi deux des titres les plus prestigieux du monde musical. Un acmé professionnel, en quelque sorte. « Je ne vois pas, en termes d’orchestre et d’opéra, ce que je peux rêver de mieux ! » confie-t-il au Devoir depuis Osaka, au Japon, où il est en tournée.

En nommant Yannick Nézet-Séguin, le Metropolitan Opera peut être sûr d’une chose : l’institution s’est liée avec un homme de parole. Comme promis il y a plusieurs mois, le chef sursollicité a livré au Devoir, tard dans la nuit, ses premières impressions après l’annonce.

Il faut dire que l’annonce est de taille. Succédant, à 41 ans, à James Levine, après un légendaire règne de quatre décennies, le chef québécois sera le troisième musicien à porter ce titre dans les 133 ans d’histoire du Met. C’est seulement à l’automne 2020 que Yannick Nézet-Séguin prendra pleinement ses fonctions de directeur musical. Il portera jusque-là le titre de directeur musical désigné. Il entend néanmoins s’attacher dès à présent à définir le profil artistique des futures saisons.

Yannick Nézet-Séguin se voit-il « chef à vie » du Met, un peu, dans l’esprit, comme James Levine ? « Chaque fois que j’entame une association, j’ai l’intention que ce soit le plus long possible, nous dit le chef. Il faut rester à l’écoute pour être sûr, quand on a fait le tour, de ne pas rester trop longtemps. »

Au fond, entre les orchestres de Vienne, de Berlin et de la Radio bavaroise, plus l’Orchestre de chambre d’Europe, Yannick Nézet-Séguin a aussi sous la main les meilleures phalanges du Vieux Continent, qu’il dirigera comme chef invité quand il le voudra.

Et Montréal n’est pas si loin de New York, non plus… Qu’en sera-t-il de l’Orchestre Métropolitain ? « Il est trop tôt, je n’ai pas d’idée sur ce qu’il adviendra de ma relation avec l’Orchestre Métropolitain après 2021. Une chose est sûre : j’aurais toujours des liens avec le Métropolitain. La forme est à définir. »

En tant que directeur musical du Met, Nézet-Séguin dirigera cinq productions chaque saison. Lors des trois prochaines, il en mènera deux, dont le Vaisseau fantôme, son premier opéra de Wagner au Met, en 2017. Information non précisée dans le communiqué de presse, l’entente initiale couvre une période de cinq ans, soit jusqu’en 2025. Ce contrat est renouvelable.

Yannick Nézet-Séguin, qui se libérera de ses attaches européennes en 2018, est lié par contrat avec l’Orchestre de Philadelphie jusqu’en 2026 et avec l’Orchestre Métropolitain, ici, jusqu’en 2021.

Symphonique et lyrique

Interrogé sur son premier chantier au Met, le chef québécois nous convainc qu’il « faut voir les choses en termes de crescendo. Après Wagner, la saison prochaine, les deux opéras de la saison 2017-2018 resteront dans le domaine germanique. Je vais en profiter, et le premierchantier sera de travailler l’orchestre dans un esprit symphonique. C’est un orchestre très jeune : peu de musiciens ont connu James Levine avant ses problèmes de santé. Il y a une soif de la part de l’orchestre de se faire redonner une direction ».

Ensuite, Nézet-Séguin souhaite « cultiver ce que Levine avait réalisé à un point exquis : l’écoute de la scène. Il avait réussi cela à un tel point que lorsqu’un chef n’était pas avec les chanteurs, l’orchestre allait contre le chef et avec les chanteurs ! Il faut préserver cette qualité d’écoute du plateau ».

Yannick Nézet-Séguin a aussi soif de premières mondiales. « C’est une très bonne politique de Peter Gelb de faire des coproductions afin de reprendre les créations qui se font ailleurs et d’en donner une version optimisée au Met, mais ce qui me fascine, c’est d’accompagner le processus de création depuis le début. Il faut que le Metropolitan Opera programme davantage de créations. »

Il préservera également les concerts symphoniques que donne l’Orchestre du Metropolitan Opera à Carnegie Hall et prévoit même des tournées : « C’est important, car les deux aspects du répertoire — symphonique et lyrique — se complètent et se nourrissent. D’ailleurs, a contrario, à Philadelphie nous donnons des opéras en version concert : Tosca dans deux ans, Richard Strauss probablement, ensuite. »

La répartition des tâches avec le directeur général, l’omniprésent Peter Gelb, stipule que le chef sera responsable de la qualité musicale du Met avec une autorité sur l’orchestre, le choeur et le personnel musicien et qu’il travaillera en « tandem » avec Gelb sur la planification, les distributions, le répertoire, les nouvelles productions, reprises et créations.

Or dans ce dernier domaine, le directeur général a été très présent ces dernières années. Qui aura vraiment voix au chapitre au sein du tandem Gelb–Nézet-Seguin ? « Les problèmes de santé de James Levine depuis plusieurs années ont fait en sorte, malheureusement, que la voix musicale de la maison était parfois complètement off. Au jour le jour, il a souvent manqué une voix musicale forte. J’entends combler cette lacune. Peter Gelb et moi, nous nous entendons très bien là-dessus et le souhait de Peter Gelb et de l’ensemble de la maison est que j’aie une voix forte à ce chapitre. C’est dans ma description de tâches et plus je m’impliquerai, le mieux ce sera. »

Renouveau progressiste

Le Met fait face à une certaine désaffection du public, alors même que dans l’écologie de l’offre lyrique, le New York City Opera a disparu. Peut-on faire souffler un esprit New York City Opera, plus progressiste, au Met ? « Le pari est que tout ce que l’on fait doit être de la plus haute qualité musicale. » Au-delà du débat sur le conservatisme ou le progressisme, le nouveau directeur musical porte la réflexion sur le terrain de la conquête des publics. « Cela veut aussi dire d’être ouvert à amener au Met les écoles, les gens dans le besoin, les gens qui n’ont pas accès à la musique. Il faut une stratégie. »

Dans ce sens, Yannick Nézet-Séguin va jusqu’à imaginer « faire un peu plus de Britten, avec un orchestre un peu plus petit, ailleurs que sur la scène du Met », s’appuyant sur une équipe musicale « d’un niveau et d’une profondeur incroyables ».

« Ce sera fascinant dans les prochains mois d’articuler et de mettre ma voix au service d’une vision du développement de public qui sera, disons, plus “ évidente ” que ces dernières années au Met. »

Tout le milieu musical aura à gagner du succès de cette révolution tranquille.

Applaudissements

« Félicitations au Montréalais Yannick Nézet-Séguin, qui a été nommé nouveau directeur musical du MetOpera. Formidable réalisation ! »

Justin Trudeau, premier ministre du Canada


« Félicitations à Yannick Nézet-Séguin, tout le Québec est fier de vous ! »

Philippe Couillard, premier ministre du Québec


« Félicitations Yannick Nézet-Séguin pour ta nomination extraordinaire comme directeur musical au #metopera. Grande fierté pour Montréal :) »

Denis Coderre, maire de Montréal


« Wow ! Félicitations à Yannick Nézet-Séguin à la tête du Metropolitan Opera. »

Conseil des arts du Canada


« Yannick Nézet-Séguin nommé directeur musical du @MetOpera… Nous ne pouvons être plus fiers !!! »

L’Orchestre Métropolitain de Montréal


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