Les Japonaises, en force

La Japonaise Ayana Tsuji, 18 ans, impressionne: elle se lance dans une sorte de peinture du «Concerto» de Sibelius avec des couleurs saturées.
Photo: Tam Lan Truong La Japonaise Ayana Tsuji, 18 ans, impressionne: elle se lance dans une sorte de peinture du «Concerto» de Sibelius avec des couleurs saturées.

La seconde soirée de la finale du Concours musical international de Montréal a confirmé un certain nombre de choses. Tout d’abord le très haut niveau instrumental des finalistes. Je ne me souviens pas d’une édition aussi égale. Personne n’a raté son concerto et au fond, selon la péréquation que fera le jury avec les impressions laissées par les uns et les autres lors des épreuves préliminaires, quasiment n’importe lequel des six candidats pourrait l’emporter en théorie.

Si tel est le cas, c’est aussi parce qu’aucune personnalité musicale ne se dégage particulièrement, à l’exception, à mon avis, de la Japonaise Yoshida. Telle est la rançon de cette « industrialisation » des concours ; une dérive sur laquelle nous reviendrons dans notre édition de vendredi, au moment du dévoilement des lauréats. Par industrialisation, j’entends le développement concomitant d’une pléthore déraisonnable de compétitions et de candidats aguerris, chasseurs de primes âgés de 23 à 26 ans, qui font la « run de lait » pour chercher à collectionner le plus d’enveloppes possible.

Et la musique dans tout ça ? Y en a pas, comme l’a largement prouvé l’ennuyante soirée de mardi. La Japonaise Ayana Tsuji, 18 ans, impressionne : elle se lance dans une sorte de peinture du Concerto de Sibelius avec des couleurs saturées. À la longue, la chose lasse : comment rendre justice à une indication « con tutta forza » de Sibelius quand tout est gorgé de son et passé au forceps ?

En pratique, Tsuji est quasiment le clone violonistique de Mayuko Kamio (30 ans) qui avait gagné le concours Tchaïkovski en 2007 mais avait fait un flop (5e seulement) l’année précédente à Montréal, au grand dam de ses professeurs russes qui, après avoir failli à la tâche d’influencer leurs collègues du jury, avaient quitté la métropole avec leur candidate en boycottant le gala. Ayana Tsuji a le profil d’une gagneuse de concours. Ailleurs, j’espère…

Dans Sibelius, la dernière page de la partition du 2e mouvement dit tout. Elle passe inaperçue parce qu’elle n’est pas virtuose, mais c’est là, dans ce repli intimiste, qu’il faut créer des sonorités. Par rapport à Yoshida, Tsuji était dans ce passage d’un inintérêt total.

Le Finlandais Petteri Iivonen y a fait mieux que Tsuji, mais si un grand barbu de 28 ans, compatriote du compositeur, n’en dit pas davantage qu’une Japonaise de 17 ans (Yoshida), c’est un peu à désespérer. Iivonen a honorablement fait les choses. Aurais-je envie de le réécouter ? Non. De l’entendre dans le concerto de Brahms ou de Beethoven ? Non. Cela devrait suffire à statuer sur ce cas-là.

Quant à la Coréenne Bomsori Kim, je vais me mettre en porte-à-faux avec le public qui l’a acclamée debout. Bomsori Kim est avec Fedor Rudin l’archétype de l’écumeur de concours sur lequel j’attire ici votre attention. La machine est rodée comme d’autres Coréennes dans cette oeuvre avant elle. Comprend-elle moindrement le concerto qu’elle est en train de jouer (1er de Chostakovitch) ? J’en doute fort, à en juger par l’uniformité de la production sonore et de l’utilisation du vibrato. Quand Chostakovitch pleure-t-il ? Quand souffre-t-il ? Quand se révolte-t-il ? Quand est-il abattu ? Quels sont les moyens expressifs associés à ces quatre états et comment les dose-t-on ? Il faut trouver les réponses à ces questions. Et pour les trouver, il faut commencer par se les poser !

Il serait injuste de ne pas mentionner l’enthousiasme de Giancarlo Guerrero (jamais vu un chef aussi peu à l’aise avec Chostakovitch se munir d’une partition aussi petite…) et des musiciens de l’OSM, dans une tâche d’accompagnement réputée ingrate.

Violon 2016

Finale — 2e soirée. Ayana Tsuji (Japon) : Concerto de Sibelius. Bomsori Kim (Corée du Sud) : 1er Concerto de Chostakovitch. Petteri Iivonen (Finlande) : Concerto de Sibelius. Orchestre symphonique de Montréal, Giancarlo Guerrero. Maison symphonique, mardi 31 mai 2016. Gala des lauréats : 2 juin. Diffusion en direct sur Medici.tv

1 commentaire
  • Antoine W. Caron - Abonné 1 juin 2016 11 h 07

    Bonsori Kim

    Au contraire, on a vu et entendu une jeune artiste qui s'est abandonnée complètement dans le 3e mouvement, qui a pris des risques et joué avec beaucoup d'émotion tout en maintenant une très belle sonorité. Le public, qui n'a sans doute pas_lui_connu le goulag (!) ne s'y est pourtant pas trompé...