Amylie retourne à l’essentiel

Le disque Les éclats, d’Amylie, est une collection de neuf titres où l’idée de l’essentiel est restée bien en avant-plan, dans les mots comme dans la musique.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le disque Les éclats, d’Amylie, est une collection de neuf titres où l’idée de l’essentiel est restée bien en avant-plan, dans les mots comme dans la musique.

La chanteuse Amylie a laissé filer quatre longues années depuis son second et plus récent disque, Le Royaume, et sa pièce-phare, Les filles, ritournelle aussi légère qu’accrocheuse, entendue abondamment à la radio et dans des jingles télé. Quatre ans, c’était bien assez de temps pour cogiter un peu, voire beaucoup, sur son parcours, sur les raisons de la création. Et pour conclure qu’il fallait revenir à l’essentiel.

Le choix le plus simple pour Amylie — Boisclair de son patronyme élidé — aurait été de relancer la machine à chansons pop plutôt joyeuses et au chant un peu syncopé. « Les filles, c’était tentant d’y retourner, dit la rayonnante brunette, mais, en dedans de moi, tout me criait non ! C’est pas pour ça que je fais de la musique dans la vie, pas pour refaire ce que j’ai déjà fait. J’aime découvrir quelque chose d’autre en dedans de moi par la musique. »

La vague idée de tout arrêter est passée rapidement, mais elle a été rejetée du revers de la main. La question restait entière : quoi raconter sur un nouveau disque ? « Ça m’a fait revenir à mes valeurs, à ce qui était important pour moi, dit Amylie. Mettons que c’est le dernier. De quoi je serais contente d’avoir parlé, qu’est-ce que je veux absolument dire dans la vie ? Ça m’a amenée à des sujets comme mes soeurs, ma grand-mère, comme la solitude, parler d’évoluer aussi, d’amour, des sujets qui collaient profondément à mes valeurs. »

   

L’essentiel dans les mots

Et de cette ligne directrice est née Les éclats, collection de neuf titres où l’idée de l’essentiel est restée bien en avant-plan. Dans les textes, on est sur l’os, dans son microcosme rapproché, sans métaphore mystérieuse inutile. Les éclats est moins velcro, mais plus cru que ses prédécesseurs. « À chaque phrase, je me disais : “ Est-ce que c’est ça que je veux dire, c’tu clair ? Y’a-tu du flafla qui n’a pas sa raison d’être ? ” Ça me ramenait chaque fois à ce que je voulais vraiment. »

Et, dans le processus, Amylie, réputée grande secrète chez ses proches, a découvert une autre facette d’elle-même, un autre rapport à l’amour pour ses proches, de nouveaux émois. « Il y a tellement plus d’émotion dans le fait de dire à quelqu’un qu’on l’aime que dans le fait d’ignorer quelqu’un ou de dire qu’on ne l’aime pas. Ça, c’est vraiment challengeant. »

L’essentiel aux oreilles

Amylie, qui compose ses chansons à la guitare, a également appliqué le filtre « essentiel » aux musiques des Éclats. La grande fan de Feist a opté pour moins de couches de son, un peu plus de silence entre les notes. On y vit des moments rock et des moments planants, avec une fibre blues un peu rugueuse qui patine le tout.

« J’ai fait beaucoup de shows toute seule, avec ma guitare, et ç’a fait en sorte que, s’il y a un silence, bien, il y a un silence. Et j’ai pas trouvé ça désagréable. J’aime ça quand ça respire, j’aime ça l’entendre, le silence, quand il est à la bonne place. »

Et si on entend davantage son jeu de guitare et sa voix, c’est, selon elle, beaucoup grâce à ses deux musiciens, le bassiste Mathieu Désy (Catherine Major, Émile Proulx-Cloutier, Richard Desjardins) et le batteur Robbie Kuster (Patrick Watson). Leurs réactions lors des séances de préparation pour l’enregistrement ont gonflé de confiance Amylie, qui les voyait écouter, scruter ses notes à elles pour s’y arrimer. « Robbie était pratiquement par-dessus son drum pour me regarder strummer ! C’est la première fois de ma vie que je me disais : “ OK, je suis une guitariste ”. »

L’essentiel au coeur

On la sent libérée, Amylie, et elle se confie avec générosité. « Ça m’a fait beaucoup de bien, cet album-là. C’est une psychothérapie à ciel ouvert ! rigole-t-elle. Chercher la façon plus directe de m’exprimer, je le fais aussi dans ma vie, et ça me détache de plein de frustrations que je pouvais avoir. »

En ça, elle ne regrette pas d’avoir rejeté l’idée de tout arrêter, même si elle garde un regard lucide sur son métier. « La musique, c’est un univers qui est confrontant », dit-elle, alors que, dans le café, on entend Alex Nevsky chanter On leur a fait croire, qui parle de création.

« J’ai jamais été capable de m’adapter aux tendances dans la vie, dit Amylie. Même si je veux, on dirait que je le pogne pas, je suis lente, je prends mon temps, j’aime sentir les choses. Et mon disque, ce n’est pas une révolution, c’est le chemin que je prends en suivant mon intuition, en suivant ce que j’ai envie de transmettre, et ce que je suis capable de faire aussi. Et dans ma tête, et dans ma façon de voir la vie, c’est toujours comme ça que j’ai eu envie d’évoluer, en restant fidèle à qui je suis. » Voilà aussi quelque chose qui semble essentiel.

Les éclats

Amylie, Audiogram