Les Francouvertes, le baromètre de l’alternatif

Photo de famille des finalistes
Photo: Francouvertes Photo de famille des finalistes

Réel tremplin et véritable cours en accéléré de l’industrie musicale pour les artistes, et façon ludique de découvrir de la nouvelle musique pour le public, le concours Les Francouvertes souffle cette année ses 20 bougies, et tiendra sa grande finale au Club Soda ce lundi. Son parcours n’a pas été sans cahots, pavé de difficultés financières et d’ajustements à un écosystème en mutation, mais il a aussi été le théâtre de grands spectacles et de magnifiques découvertes. Au fil des ans, Les Francouvertes ont réussi à s’établir comme baromètre de la scène alternative.

Créées en 1995 par l’organisme Faites de la musique, Les Francouvertes ont connu une vie en deux temps, s’éteignant en 2003 le temps d’une année de restructuration après la disparition de sa structure mère. Puis l’événement a repris du collier en 2005, permettant à nouveau de faire monter sur scène des artistes en début de parcours, mais dans un contexte professionnel. Depuis quelques années, l’événement qui accueille la francophonie canadienne se définit comme « le concours-vitrine de toutes les musiques ».

La notion d’apprentissage revient régulièrement dans le discours de la directrice des Francouvertes, Sylvie Courtemanche. Celui de la scène, du lien avec le public, des façons de faire de l’industrie musicale, des salles, des étiquettes de disque, etc.

« C’est une réalité qui, sans vouloir trop faire de comparaisons, est quand même plus près de celle des artistes qui font Les Francouvertes que ceux qui gagnent un gros truc comme La voix, dit Courtemanche. Aux Francouvertes, les attentes ne sont pas les mêmes, t’es aussi moins garroché dans une espèce d’arène de l’industrie. Ça respecte plus les étapes d’intégration au professionnalisme d’un nouvel artiste que quand t’arrives du jour au lendemain devant deux millions de personnes qui t’ont vu à la télé. »

 

Comme la musique va…

Au fil des éditions, les Francouvertes ont modifié leurs règlements pour éviter quelques dérives, pour s’adapter aux nouvelles façons de faire et au monde numérique. Par exemple, les maximums d’albums vendus ont été ramenés vers le bas, et les artistes ne peuvent être liés par contrat à une étiquette de disque avant le concours. Il reste toutefois assez fréquent que les gagnants ou les finalistes s’entendent avec une maison de disque à la suite du concours.

Dylan Perron, Philippe Brach et Les Hay Babies sont les trois plus récents vainqueurs des Francouvertes, rejoignant Bernard Adamus, Les Soeurs Boulay, Damien Robitaille, Loco Locass, Ariel et plusieurs autres parmi les lauréats de l’événement, qui confie au public et à un jury de l’industrie un poids égal dans le choix du gagnant.

« Si on regarde les artistes de cette 20e édition, c’était une année de bands, analyse Sylvie Courtemanche. Il n’y avait pas beaucoup de soirées où il y avait de petites formations en trio, par exemple, c’était une année de gros groupes de six, voire sept musiciens. » Les trois groupes finalistes respectent cette tendance. Ils sont Caltâr-Bateau, La Famille Ouellette et Mon Doux Saigneur (voir les encadrés ci-dessous).

La directrice des Francouvertes note aussi que les participants travaillent désormais beaucoup leur son, qui prend le dessus sur le texte. « La portion musicale prend de plus en plus de place, cette année c’est clairement ce qu’on a senti. Y’a même des groupes qui n’avaient à peu près pas de textes. Sinon les jeunes ils écrivent bien, ils écrivent complètement différemment, on n’est plus dans le classique refrain-couplet-refrain-couplet, c’est moins chanson à fredonner, et ce n’est pas un reproche. »

Une aura, un choix

En 20 ans, les prix offerts aux participants ont passablement changé. La cagnotte reste le montant de 10 000 $ offert par SiriusXM au grand gagnant, mais la liste des récompenses fait plusieurs écrans sur le site Web du concours : aide à l’enregistrement, distribution physique et numérique, promotion radio, spectacles en salle ou en festivals, etc.

C’est une bonne chose en soi, mais cette longue brochette de prix « professionnels » a eu un impact sur les inscriptions. « Des concerts à Osheaga, aux FrancoFolies, dans des gros festivals, au Coup de coeur francophone, ça fait en sorte que c’est pas nécessairement des bands de garage qui débutent qui ont tendance à s’inscrire, explique Sylvie Courtemanche. Pour beaucoup, la décision de s’inscrire aux Francouvertes est plus réfléchie, plus planifiée. Des artistes me disent “ pas cette année ”, ils veulent essayer telle ou telle affaire avant. »

La présence aux concerts de plusieurs journalistes et membres de l’industrie musicale, en plus du fait que les deux premières rondes se déroulent au joli Lion d’Or, font aussi réfléchir les possibles participants.

« Et pour l’organisation, ça crée des attentes. Il y a toujours l’idée d’accoter le meilleur de ce qu’on a fait. Et pourtant, c’est tout à fait plausible, parce qu’on travaille avec des artistes de la relève, qu’il y ait des éditions où certains participants sont moins prêts que d’autres. Mais on s’entend que ce sont des artistes en train de se construire un fond, une signature. C’est pas obligé qu’à la fin ce soit tout prêt, tout établi ! » Parce que pour le tout établi d’avance, il y a toujours La voix.


Les finalistes 2016

Mon Doux Saigneur

Le groupe montréalais mené par le chanteur et guitariste Emerik St-Cyr a terminé en tête du palmarès de la ronde préliminaire et des demi-finales. Tout n’est pas coulé dans le béton dans la musique folk-blues de Mon Doux Saigneur, le groupe improvisant beaucoup sur scène. Leur approche est à la fois un peu corrosive et mélodique, douce, le groupe jouant avec une violoncelliste sur scène, mais n’hésitant pas à faire monter le volume et l’énergie.

La Famille Ouellette

Les six gars de La Famille Ouellette, tout vêtus sur scène du même manteau rouge, décrivent leur musique comme de la pop-gastronomique. Non, ils ne forment pas une vraie famille, mais la rumeur veut qu’ils partagent tous le même appartement de Villeray, à Montréal. Leur musique qui flirte avec le jazz et l’électro fait penser à du vieux Misteur Valaire, avec aussi la même part d’humour dans le sérieux. David Lagacé, du groupe, est aussi de la formation Fire/Works. Mais La Famille Ouellette n’en sera lundi qu’à son troisième spectacle à vie, les deux premiers étant… aux Francouvertes.

Caltâr-Bateau

C’est le groupe finaliste avec le plus d’expérience, Caltâr-Bateau ayant déjà lancé deux disques et donné plusieurs spectacles. Sur leur dernier album, La bavure des possessions, on peut d’ailleurs entendre plusieurs membres de Mon Doux Saigneur, Eliott Durocher Bundock étant même carrément des deux formations. Caltâr-Bateau monte à sept sur scène (avec violoncelle et saxophone), et laisse beaucoup de place aux textes et aux mélodies.

La finale des Francouvertes

Avec prestation des porte-parole Koriass et Vincent Peake. Au Club Soda, lundi 9 mai.