Verdi à Laval: c’est possible!

L'Orchestre symphonique de Laval fête ses 30 ans.
Photo: Sébastien Ventura L'Orchestre symphonique de Laval fête ses 30 ans.

C’était la ruée, mercredi au coeur du vieux quartier de Sainte-Rose à Laval pour assister au Requiem de Verdi par l’orchestre symphonique de la ville, représentation donnée en présence du député fédéral Angelo Iacono et de Thomas Mulcair, chef en partance du NPD, un vrai mélomane, que l’on risque à nouveau de croiser plus souvent au concert ces prochains temps.

Si Alain Trudel a lancé son orchestre dans cette téméraire aventure, c’est parce que l’institution qui fête ses 30 ans d’existence a le vent en poupe et s’enracine de plus en plus dans la communauté. Le concert était d’ailleurs dédié à Claude Ulysse Lefebvre, maire entre 1981 et 1989, qui a, résumait le programme, « érigé les fondations de la politique culturelle de la ville ».

Une nouvelle phase de ce développement est en cours avec le maire Marc Demers. La 5e symphonie de Beethoven, que l’orchestre donnera à la salle André-Mathieu le 17 mai, sera ainsi le dernier concert avant une phase de rénovation de cette salle terne, peu adaptée au concert symphonique.

« Bonne séquence », comme on dit au hockey, pour l’Orchestre symphonique de Laval (OSL) et son chef. Confirmation avec ce Requiem très bien tenu sur le plan orchestral. Les pièges, comme l’entrée des violoncelles au début de l’offertoire, furent bien maîtrisés. Le plafond plutôt bas de Sainte-Rose-de-Lima confère d’ailleurs au lieu une acoustique plutôt sèche assez agréable.

L’exécution reposait sur le Choeur de Laval, un vrai choeur amateur et non un groupe de potiches renforcé par des professionnels qui « font le show » (on ne comptait mercredi que huit membres de l’UDA). Peu de sonorités disgracieuses, une belle justesse, jusqu’au fragile passage a cappella du Libera me, peu d’erreurs (l’entrée en retard du Sanctus). Restent à parfaire la prononciation (par exemple « Rex tremendae… ») et l’éventail des nuances dans les pianos et pianissimos. Il est évident que ce choeur est entre de bonnes mains avec Dany Wiseman et que la synergie avec l’orchestre s’impose.

Parmi les solistes, c’est John Mac Master, le ténor, qui avait le plus de moyens. A contrario, il maîtrise difficilement l’émission en demi-teinte, ce qui a porté préjudice à l’Hostias. Chad Louwerse a moins de moyens, mais une musicalité plus fine. Il a chanté en bon père de famille. Renée Lapointe a semblé nerveuse (une entrée « Christe » intempestive). Elle tend à presser le tempo, comme pour « passer à la suite » et se rassurer, mais le timbre est très beau. Son vibrato s’associe cependant très moyennement avec celui de Chantal Nurse (cf. un 1er Agnus très périlleux). Cette dernière chante les notes, quelque part, à un moment donné, mais en ce qui me concerne, hormis dans le Libera me, je n’arrivais pas à suivre la ligne.

La vision hargneuse, urgente d’Alain Trudel n’est pas la mienne, car je trouve que son intransigeance rythmique hâte bien des passages qui demandent à respirer. Cela dit, en restant droit et vif, un chef minimise grandement les probabilités de décalages et de baisses d’intonation.

Pour ses 30 ans, l’OSL s’est offert un défi. Cela s’est bien passé et plusieurs enseignements s’imposent : le public suit et s’intéresse à l’orchestre, cette église peu réverbérante est une « salle » alternative très intéressante et le partenariat avec un choeur aussi engagé ne demande qu’à être développé.

30 ans de l’Orchestre symphonique de Laval

Verdi : Requiem. Chantale Nurse (soprano), Renée Lapointe (mezzo), John Mac Master (ténor), Chad Louwerse (baryton-basse), Choeur de Laval, Orchestre symphonique de Laval, Alain Trudel. Église Sainte-Rose-de-Lima, Laval. Mercredi 27 avril 2016.