Les patiences mélodieuses de Chet Baker

Chet Baker en 1987 au Printemps de Bourges
Photo: Frank Perry Agence France-Presse Chet Baker en 1987 au Printemps de Bourges

Il était écrit dans le ciel qu’à la faveur de la sortie du film Born to Be Blue, dans lequel l’acteur Ethan Hawke campe fort bien Chet Baker, s’ensuivraient des dossiers dans les magazines, des productions accomplies à l’enseigne de l’hommage et des rééditions d’albums. En ce qui concerne ces dernières, le trompettiste né dans l’Oklahoma en 1929 a tellement enregistré, surtout entre 1973 et 1988, année de sa mort à Amsterdam, qu’il faut s’attendre à une avalanche au cours des prochains mois. Ce dont on ne se plaindra pas. Bien. Suivez le guide.

Dans le numéro courant de Jazz Magazine, Baker, qui avait fait de My Funny Valentine SON standard, est le sujet d’un dossier qui propose ce que l’on attend de ce type d’exercice : articles, repères, photos. On y apprend, entre autres choses, que des musiciens européens, dont le trompettiste Erik Truffaz, ont confectionné un Autour de Chet qui vient de paraître en France et qui ne devrait pas tarder à traverser l’Atlantique. L’étiquette ? Verve/Universal.

En attendant, on vous suggère fortement le tout récent Love for Chet du trompettiste Stéphane Belmondo, qui est paru sur étiquette Naïve et qui d’ailleurs se produira lors du prochain Festival de jazz de Montréal. Ce Love for Chet est en fait un coup de chapeau au Chet dernière époque. Celui qui aimait par-dessus tout se produire en trio sans batterie. Ici, Belmondo est accompagné de Jesse Van Ruller à la guitare et Thomas Bramerie à la contrebasse. Cet album est une déclinaison sonore de la finesse.

Cela étant, du dossier on a retenu ces mots du pianiste Michel Graillier qui accompagna Baker pendant des années : « On a beaucoup épilogué sur sa fragilité. Pur fantasme : c’était au contraire une force de la nature […]. De même, son jeu de trompette n’avait rien de faiblard, je ne sais pas où les critiques sont allés piger cette image de mince filet, de sonorité défaillante… Il suffit d’écouter les disques, la sonorité est toujours pleine, claire, puissante. »

L’acquisition de ce mensuel (12 $) a ceci de recommandable qu’il s’accompagne de la réédition du numéro d’avril 1955, avec Charlie Parker en couverture qui venait de décéder. Outre les articles sur Parker, ce « jazz mag » proposa un long entretien avec Dizzy Gillespie qui parle de… Chet Baker. « Voyez-vous, je crois que Chet Baker en particulier sacrifie le rythme à l’harmonie. Il est obsédé par l’harmonie… Ses pensées rythmiques ne sont pas assez suivies, nettes et précises… »

Et maintenant les albums. Pour ce qui est des années 50, c’est tout simple : on conseille tout d’abord l’acquisition de Chet Baker — Eight Classic Albums sur étiquette Real Gone Jazz qui comprend notamment le grand succès de Chet de cette décennie, soit Chet Baker Sings ainsi que Playboys avec Art Pepper. De cette époque, on retient également les deux live avec le pianiste Russ Freeman, et les productions avec Gerry Mulligan sur étiquette Pacific Jazz, ainsi que l’excellent Chet Baker in Paris — Barclay Sessions 1955 1956 sur Verve. Ensuite ? Chet Baker in New York sur Riverside, parce qu’il est accompagné par des poids lourds du « bibeaupe » comme Johnny Griffin au ténor.

Après quoi, on vous conseille d’éviter les productions du début des années 70 sur A M et CTI pour mieux fouiner du côté des étiquettes Soul Note, Criss-Cross, Enja, mais surtout, surtout, Steeple Chase pour les trios avec Doug Raney ou Philip Catherine à la guitare, on pense notamment à The Touch of Your Lips qui confirma le retour en grande forme de notre trompettiste, ou encore avec le pianiste Graillier et le contrebassiste Jean-Louis Rassinfosse pour Candy sur Sonet Jazz History. Le hic avec ces étiquettes est le suivant : ces labels sont mieux distribués par Amazon. C’est dit.

 

Du 29 juin au 9 juillet, dans le cadre du Festival de jazz de Montréal, l’Upstairs propose l’affiche suivante : Total Madness formé de Jean-Michel Pilc au piano, Ari Koenig à la batterie, François Moutin à la contrebasse, Joel Frahm au ténor et Jacques Schwartz-Bart à l’alto. Le lendemain, ce sera cet orchestre moins les souffleurs. Le surlendemain ? Le quartet israélien du trompettiste Itamar Borochov. Ensuite, ce sera le guitariste Peter Bernstein accompagné par le trio du guitariste Mike Rud. Ensuite, un des gros noms de cette semaine : l’organiste Lonnie Smith, qui vient de publier un album sur Blue Note avec Joe Lovano sur certaines pièces. Il se produira deux soirs d’affilée. Les 6 et 7 juillet, l’autre poids lourd, soit le trompettiste Roy Hargrove en quintette. Le 8 juillet, ce sera la chanteuse Roberta Gambarini avant que la chanteuse par excellence Ranee Lee ne conclut l’événement.

 

Héros de Stevie Ray Vaughan, précurseur du blues-rock qu’admiraient tant Keith Richards, Duane Allman et Eric Clapton, le guitariste Lonnie Mack est mort le 21 avril dernier. Il avait 74 ans. Après avoir connu le succès à la fin des années 50 et au début des 60 avec ses instrumentaux, après avoir aidé les Doors lors de l’enregistrement de Morrison Hotel, Mack s’était replié dans les environs de Cincinnati avant que Vaughan ne coproduise en 1985 le disque du retour : Strike Like Lightning sur Alligator. Cet album ainsi que les suivants firent mouche. Snif, snif…