Cinq compositeurs à découvrir

Le Cubain Leo Brouwer est considéré comme le meilleur compositeur de guitare de notre temps.
Photo: Adalberto Roque Agence France-Presse Le Cubain Leo Brouwer est considéré comme le meilleur compositeur de guitare de notre temps.

L’élargissement de notre connaissance de la musique et de ses petits maîtres, parfois très inspirés, est l’un des bienfaits du CD. Voici cinq nouveaux compositeurs à découvrir ou à redécouvrir.

Nikolaus von Reznicek, Théodore Gouvy, Alfredo Casella, Robert Fuchs, Friedrich Gernsheim, Mieczyslaw Weinberg, Napoléon Henri Reber, Victorin Joncières… autant de compositeurs dont on n’avait rien ou presque il y a dix ans et dont on guette quasiment les parutions désormais. Le flux de parutions est constant en dépit de la dépression du marché. Avec de nouvelles découvertes à la clé. En voici cinq.

Johann Georg Lickl (1769-1843) 

Quatuors avec hautbois op. 26. Cassation et Trio en mi bémol majeur.

Toccata Classics TOCC 0350.
 

Ce vrai Austro-Hongrois, né en Basse-Autriche et mort à Pecs, ville de l’actuelle Hongrie où il est connu sous le patronyme György Lickl, a été formé à Vienne par Haydn et Albrechtsberger. Lickl, tel qu’on l’entend ici, compose une musique « classique » plus que « préromantique ». À en juger par ses irrésistibles trois Quatuors pour hautbois et trio à cordes op. 26 de la fin du XVIIIe siècle, il fait partie de ces maîtres des vents, nombreux en Europe centrale après Mozart. Ses compositions pour vents seuls, notamment une Cassation pour vents de 25 minutes et un trio pour clarinette, cor et basson, font beaucoup penser à Mozart. Menée par le brillant hautboïste Lajos Lencsés, cette parution, uniquement composée de premières au disque, dispense un pur et total bonheur, malgré un léger excès de réverbération sonore dans les oeuvres pour vents seuls.

Benjamin Godard (1849-1895)

Symphonie no 2. Trois morceaux op. 51. Symphonie gothique op. 23.
CPO 555 044-2
 

L’oeuvre symphonique de Théodore Gouvy ayant été enregistrée, CPO explore le répertoire d’autres compositeurs français romantiques méconnus, ce qui a mis le label sur le chemin des travaux du Palazzetto Bru Zane, qui travaille également avec la Radio bavaroise — ici l’Orchestre de la Radio de Munich dirigé par David Reiland. Bref, tout le monde se rencontre dans un projet Benjamin Godard, le compositeur célébré par le Palazzetto en 2016. Comme avec Gouvy, la musique allemande (esthétique Mendelssohn-Schumann) est présente, mais pas si déterminante. Gouvy est à mon sens un compositeur plus inspiré sur le plan mélodique. C’est donc, un peu comme la 2e symphonie d’Henri Rabaud (Timpani), un disque « intéressant », plus que révélateur, dans le grand mouvement de la redécouverte du romantisme français.

Leo Brouwer (né en 1939)
Concerto de Benicàssim (2002).

Naxos 8.573542.
 

Le Cubain Leo Brouwer n’est pas vraiment connu du grand public, mais réunit autour de son nom un consensus assez planétaire de la part des guitaristes. Il y a donc tout lieu de s’intéresser à un concerto pour guitare du meilleur compositeur de notre temps pour cet instrument. Miguel Trapaga et le chef Oliver Diaz, à la tête de l’Orchestre philharmonique de Galice, ont enregistré en première mondiale le Concerto de Benicàssim, couplé à une autre première, Guitare (1934) de Frank Martin, et au fameux Concierto de Aranjuez de Rodrigo. Le concerto de Benicàssim, neuvième des concertos pour guitare de Brouwer, est un hommage à Francisco Tarrega (1852-1909). Il a été retravaillé par Brouwer en 2012. La palette expressive est très vaste, allant de la musique sud-américaine façon Arturo Marquez à des touches chromatiques plus contemporaines. Même s’il ne sera jamais un tube comme celui de Rodrigo, le mystérieux mouvement lent est captivant. Enregistrement très riche en graves.

Qigang Chen (né en 1951)

Enchantements oubliés. Er Huang. Un temps disparu.
Naxos 8.570614.
 

Je suis très heureux d’avoir enfin une belle anthologie au disque de Qigang Chen, avec trois premières mondiales, dont les Enchantements oubliés (2004), partition majeure. La musique de Qigang Chen nous a été présentée ici par deux fois par le Chinois Long Yu. Chen, le dernier élève de Messiaen, qui a élu domicile à Paris, compose une musique d’un très grand raffinement. Il est l’un de ceux qui réussissent le mieux l’alliance de la musique savante occidentale et des idiomes orientaux, et c’est à mes yeux une des voies qui marqueront les deux prochaines décennies de création musicale. Quelle que soit votre affinité avec la musique contemporaine, il y a toujours quelque chose à glaner chez Qigang Chen. Et si, comme moi, vous êtes fascinés par la musique de Peteris Vasks, allez découvrir son pendant oriental, un explorateur sonore très bien servi par l’Orchestre de Taïwan dirigé par Shao-Chia Lü.

Ola Gjeilo (né en 1958)

Voices, Piano, Strings.
Decca 478 8689.
 

On pourrait discuter et se disputer toute une journée sur la teneur et la valeur de ce disque. Mais voyons les choses pragmatiquement : nous vivons à une époque qui adule une forme d’épure répétitive souvent simpliste (Arvo Pärt d’un bord, Ludovico Einaudi de l’autre) et voit la multiplication de créations chorales mélodiques, aux timides harmonies post-Poulenc ou post-Britten, domaine dans lequel Eric Whitacre et Morten Lauridsen sont les champions. Voilà un compositeur norvégien qui met cela dans un chaudron et mélange le tout. C’est à la fois musicalement assez pauvre, mais totalement irrésistible, comme les plus belles chansons (genre Elton John) ou les envolées hollywoodiennes les mieux troussées. Si la musique de l’un des quatre noms sus-évoqués vous intéresse, découvrez Ola Gjeilo, adoubé ici par des ensembles tels Tenebrae ou Voce8.

1 commentaire
  • Yves Nadeau - Abonné 23 avril 2016 11 h 43

    Honni soit le critique avec ses recommandations

    Honni que ce critique, mais avec une point d'ironie, car ses recommendations fort toujours fort pertinentes et intéressantes mais, à Rodrigo, je préfère Arturo Márquez, notamment sa «Danzón No. 2». Malheureusement, je n'ai que l'interprétation de la «Orquesta Sinfónica de Galicia» sous la direction de Christian Vasquez.

    Ceci dit, ma liste d'achats continue de s'allonger.