Mariss Jansons, l’affiche tombée du ciel

On l’a peut-être oublié depuis son dernier passage en 1992, mais Mariss Jansons fut en son temps un invité régulier de l’Orchestre symphonique de Montréal.
Photo: Peter Meisel On l’a peut-être oublié depuis son dernier passage en 1992, mais Mariss Jansons fut en son temps un invité régulier de l’Orchestre symphonique de Montréal.

Le concert de l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise, vendredi à la Maison symphonique de Montréal, s’annonce comme un très grand événement.

L’affirmation est empirique, mais à ce que je connais du métier et de ses acteurs, je suis prêt à parier que si l’on demande aux violonistes de carrière de désigner le meilleur d’entre eux, le choix se porterait sur Leonidas Kavakos. Si l’on faisait le même exercice avec les chefs d’orchestre, le nom qui sortirait du lot serait probablement celui de Mariss Jansons, un statut que seul Riccardo Chailly est en mesure de lui contester. C’est donc un véritable et unique concert de primus inter pares, à faire pâlir d’envie la planète musicale, qui s’offre aux Montréalais vendredi.

Montréal, jadis

On l’a peut-être oublié depuis son dernier passage en 1992, mais Mariss Jansons fut en son temps — celui, glorieux, où l’institution était menée par Zarin Mehta — un invité régulier de l’Orchestre symphonique de Montréal.

En s’appuyant sur les archives de Claude Gingras, on peut retracer que le chef letton est venu pour la première fois en 1973 dans la 5e Symphonie de Tchaïkovski, puis pour la 2e Symphonie de Rachmaninov en 1988, Ein Heldenleben de Richard Strauss en 1990, la 1re de Mahler en 1991, et les Symphonies no 2 et 3 de Beethoven en 1992. Ensuite, plus rien.

Il ne fallait pas se nommer Sherlock Holmes pour savoir que « Monsieur Jansons », comme ils l’appellent, était le chef préféré des musiciens de l’OSM. La presse, en 1991 et 1992, ne se faisait pas prier pour relayer ce sentiment. On n’a plus jamais revu le Letton après 1992. Interrogé par Le Devoir sur ce « divorce » abrupt, Mariss Jansons met la chose sur le compte de sa carrière florissante et ne nous dit pas si les invitations émanant de Montréal ont soudain cessé d’affluer. Les chefs ont en général une mémoire d’éléphant. Pas lui. Mais il « garde de très beaux souvenirs de Montréal et de l’orchestre ».

Les relations entre le Québec et les protagonistes du concert de vendredi ne s’arrêtent pas là, puisque l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise cultive une collaboration étroite et suivie autant avec Bernard Labadie qu’avec Yannick Nézet-Séguin. Le plus récent disque de ce dernier est d’ailleurs un concert enregistré avec cet orchestre : une superbe 1re Symphonie de Mahler.

Tel père…

À Montréal, ce vendredi, l’orchestre munichois sera l’invité de l’OSM. Mariss Jansons, qui a toujours dirigé deux orchestres en parallèle, a souhaité avoir plus de plages de repos et, pour ce faire, a préféré laisser tomber l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam. C’est dire l’estime dans laquelle il tient les musiciens allemands. « Je me devais de rester », nous dit celui qui a fait de la construction d’une nouvelle salle de concert à Munich une véritable croisade. « En partant, j’aurais eu l’impression de déserter au moment le plus important de la bataille. » Depuis janvier 2016, la bataille est désormais gagnée.

« Le plus dur pour moi était de devoir diriger chaque semaine. Je n’avais pas de temps libre. » Jansons, bourreau de travail qui nous confirme avoir choisi le programme de ses concerts du Nouvel An à Vienne entre 800 partitions, compte investir le temps gagné par l’abandon de son poste à Amsterdam en retournant à l’opéra. Première étape, La dame de pique de Tchaïkovski à… Amsterdam cette année. « La saison prochaine, ce sera Lady Macbeth de Mtsensk de Chostakovitch au Festival de Salzbourg. Ensuite, on verra. » Il rêve de « Richard Strauss, Verdi et Puccini », mais ne se prononce pas : « Je veux voir d’abord ce que j’aurai le temps de faire. »

L’opéra est le milieu naturel de ce grand chef symphonique. Mariss Jansons est né en 1942 d’une mère chanteuse, juive, dans le ghetto de Riga. Son père était un grand chef, Arvid Jansons (1914-1984), choisi par Mravinski, aux côtés de Kurt Sanderling, pour être son assistant. « À Riga, à l’âge de 3 ou 4 ans, j’assistais aux répétitions à l’opéra, car mes parents n’avaient pas de baby-sitter. Je passais mes journées à l’opéra et voyais mon père travailler. En grandissant, j’ai beaucoup regardé et discuté avec mon père. Même si mon père ne m’a pas enseigné la direction, il m’a appris beaucoup de choses très tôt ; ce qui se passe sur la scène, mais aussi dans les coulisses ! »

En tout cas, les leçons d’Arvid, dont le fils chérit au premier chef l’interprétation de la Symphonie pathétique de Tchaïkovski, ont porté. Elles ont fait de Mariss Jansons le chef le plus respecté de la planète.

En concert

Korngold : Concerto pour violon. Chostakovitch : Symphonie no 7, « Leningrad ». Leonidas Kavakos (violon), Orchestre symphonique de la Radio bavaroise, Mariss Jansons. Maison symphonique de Montréal, vendredi 15 avril 2016 à 20 heures. 514 842-2112.