Le numérique passe en tête

La pièce la plus vendue a été «See You Again» de Wiz Khalifa (à droite) avec Charlie Puth, dont 20,9 millions d’exemplaires se sont écoulés.
Photo: Kevin Winter Agence France-Presse La pièce la plus vendue a été «See You Again» de Wiz Khalifa (à droite) avec Charlie Puth, dont 20,9 millions d’exemplaires se sont écoulés.

Les revenus provenant des ventes mondiales de musique — autant sous forme de disque qu’en format numérique — ont augmenté de 3,2 % en 2015 comparativement à l’année précédente pour atteindre 15 milliards de dollars, a indiqué mardi la Fédération internationale de l’industrie phonographique (FIIP). Et l’année 2015 est la première année au cours de laquelle la musique numérique a généré la plus grande part des revenus.

C’est la première hausse des ventes de musique notée depuis près de vingt ans dans le monde, malgré les inquiétudes sur la valeur de la musique.

Lecture en continu

Cette hausse est attribuable à la lecture en continu, la musique en ligne écoutée sans téléchargement, et aussi à l’immense succès d’Adele. Environ 17,4 millions d’exemplaires de l’album 25 de la chanteuse britannique ont trouvé preneur l’an dernier, des ventes cinq fois plus importantes que l’album X d’Ed Sheeran, qui est arrivé bon deuxième au palmarès de 2015 avec 3,5 millions de ventes.

La pièce la plus vendue a été See You Again de Wiz Khalifa avec Charlie Puth, dont 20,9 millions d’exemplaires se sont écoulés.

La grande patronne de la FIIP, Frances Moore, a souligné que cette croissance des ventes démontre que « l’industrie s’est adaptée à l’ère numérique » et qu’elle est maintenant plus forte et plus vive.

La musique en format numérique, ce qui inclut la lecture audio en continu et les téléchargements, représente 45 % des ventes, comparativement à 39 % pour les vinyles, les disques et les autres supports physiques.

En ligne, les gens écoutent de plus en plus de musique en lecture en continu. Les revenus de ce secteur ont augmenté de 45 % en 2015, alors que les revenus provenant des téléchargements ont chuté de 10,5 %.

En cinq ans, les revenus tirés du streaming ont été multipliés par quatre. Le nombre d’abonnements à des services de musique en ligne se montait fin 2015 à 68 millions, contre 8 millions seulement en 2010, selon la FIIP.

Dans trois pays, les États-Unis (20 %), le Royaume-Uni (19 %) et la France (16 %), le streaming représente une part majeure du chiffre d’affaires de l’industrie musicale.

Inquiétudes

Bien qu’il puisse constituer un tournant, le rebond du chiffre d’affaires de l’industrie musicale n’efface pas la baisse qu’a connue le secteur depuis la fin des années 90. La musique enregistrée ne pèse aujourd’hui qu’un peu plus de la moitié de ce qu’elle représentait à son apogée, en 1998.

Et malgré le fait que les revenus aient connu une augmentation, le rapport souligne que l’écart se creuse entre la quantité de musique écoutée et l’argent qui retourne dans les poches des artistes et des producteurs.

Les responsables du secteur, qui ont salué les bons chiffres de 2015, ont également relativisé cette embellie du fait du débat actuel sur la juste valorisation de la musique.

« La valeur de la musique n’est pas encore complètement reconnue. Aujourd’hui, il y a un réel optimisme dans le secteur, mais nous avons encore un long chemin à parcourir pour déclarer que la mission est accomplie », a affirmé Stu Bergen, p.-d.g. des services à l’international du groupe Warner Music, lors d’une conférence de presse téléphonique.

Les éditeurs de musique appellent ainsi le législateur à se saisir du sujet, pour en finir avec « l’écart de valeur » qui existe, selon eux, entre la participation financière des plateformes payantes et celle des sites gratuits.

Les plateformes payantes d’écoute en ligne, qui comptent 68 millions d’abonnés, ont ainsi généré pour l’industrie deux milliards de dollars de revenus, alors que les sites gratuits n’ont contribué qu’à hauteur d’un tiers (634 millions de dollars), malgré leurs 900 millions d’utilisateurs.

Sur le plan géographique, la plus forte progression est à mettre au crédit de l’Amérique latine, dont le chiffre d’affaires a augmenté de 11,8 %.