À voir à la télévision le dimanche 8 février - L'empire contre-attaque

Cela arrivera probablement aux deux tiers de la soirée, entre la danse à dix de l'agace Christina Aguilera et le prochain nichon débusqué par Justin Timberlake, ou alors entre le nouveau vieux rock des White Stripes et la commémoration des 40 ans de la première apparition des Beatles au Ed Sullivan Show, on ne sait pas exactement quand.

Mais on sait ce que dira le patron de la National Academy of Recording Arts and Sciences dans son discours annuel. J'entends ça d'ici. Enfin, l'industrie a mis ses culottes et celles de ses avocats! Ces sales copieurs de fichiers musicaux n'ont qu'à bien se tenir, aucune chambre d'ado n'est désormais à l'abri du glaive séculaire de la justice! Oui, le vent a tourné! Oui, nous redeviendrons riches comme avant! Et tout le monde applaudira.

Tout au long de cette remise des trophées Grammy, 46e du nom, on célébrera ainsi en parfait déni de réalité, comme si les ventes de disques n'étaient pas en chute libre et toutes les redevances payées. On s'occupera plutôt de savoir qui, de Béyoncé Featuring Jay-Z, The Black Eyed Peas & Justin Timberlake, Coldplay, Eminem ou Outkast, remportera le Grammy du «record of the year». À ne pas confondre avec l'«album of the year», ce Grammy-là soupesant les disques de Missy Elliott, Evanescence, Outkast, Timberlake et The White Stripes. Et l'on distribuera de la statuette à gauche et à droite, histoire de rassurer les ouailles. Dans quelque 104 catégories.

Pas toutes en ondes, comme de raison: en trois petites heures et demie de télé, coincés entre les performances, entre l'hommage à la musique funk et l'hommage à feu Warren Zevon alignant Jackson Browne, Emmylou Harris, Billy Bob Thornton et consorts, les principaux gagnants n'auront que 45 secondes chacun pour remercier maman, Dieu et... Julie Snyder. Ah non, là je me trompe d'académie.

The 46th Annual Grammy Awards

CBS, Global, 20h