Concerts classiques - Piété, cirque et énergie

Trois aspects de l'art d'Aline Kutan sont à l'honneur en première partie. D'abord elle se fait narratrice dans l'assez insipide Nur ein Hauch... de Schmidinger. Elle récite un poème de Schubert, assez mauvais, sur une composition quelconquement ordinaire issue d'un fragment inachevé dudit Schubert, le genre de musique contemporaine passéiste qu'adore Yuli Turovsky et qui ne fait que radoter.

On l'entend ensuite comme cantatrice dans le Salve Regina D. 676; ici, c'est une autre paire de manches! On entend un vraie voix, oui, de celle qui fait penser à la jeune Janowitz par exemple, et qui se montre musicienne accomplie. De légers problèmes de legato ne font que montrer à quel point cette jeune femme possède un sens de la ligne et du sentiment pieux aussi honnête que sincère. Après ce grand moment d'inspiration tout empreint d'humilité, nous passons au cirque.

Kutan déploie en effet toute sa virtuosité dans le Concerto pour soprano de Glière. Sa plus grande réussite réside dans le fait que toujours on se sente à l'aise, que ce soit dans la guimauve bien tiède des mélismes lyriques ou dans les pirouettes plus glaciales et excitantes qui la font roucoulader dans un suraigu où la précision rivalise avec la souplesse. Nous nageons en pleine efficacité sans jamais frôler la vulgarité. Mieux encore, elle ne prend pas cette page comme de la musique sérieuse. Alors, rien ne détonne, au grand ravissement de tous.

Enfin, Turovsky nous sert la version mahlérienne de La Jeune Fille et la Mort. Un autre univers s'ouvre ici, dense, intense et vraiment prenant. L'optique est romantique à souhait, l'engagement complet. Comme dans tous les grands moments des Musici, l'énergie déborde — ici avec un supplément d'intention communicatif. Si on peut acquiescer ou non à certains rubatos, la manière de faire est si typée que tout s'inscrit dans une lignée franche et fort belle. Pour que ce soit parfait, il faudrait simplement que la section des premiers violons, encore elle, soit plus précise dans l'intonation. Ce défaut ne se résout toujours pas chez cet ensemble, on le regrette d'autant plus que ces écarts créent une dichotomie gênante avec le reste de la sonorité de l'orchestre. La réserve se subordonne pourtant à l'efficacité exceptionnelle de cette version où on abonde dans le sens de la grande ligne.