Le jouisseur réfléchi

Jean Rondeau
Photo: Warner Jean Rondeau

La première venue de Jean Rondeau à Montréal avait attiré une belle salle pour un récital de clavecin. Le jeune Français, qui fêtera ses 25 ans dans 15 jours, n’est pas qu’un phénomène capillaire — comment ne pas penser au slogan « Hear the Hair », tourné en dérision dans la série Mozart in the Jungle ? Il est avant tout un vrai musicien, ou plutôt un « personnage musical », incomparable.

De haute taille et solide constitution, Rondeau semble deux fois trop grand pour l’instrument qu’il joue. Le look hipster soigneusement bohème cache un artiste intelligent et bon enfant, d’un humour irrésistible. J’ai rarement assisté à un concert classique aussi positivement cool et pourtant aussi juste et nourrissant, sorte de partage collectif, délectable et détendu dans les intermèdes parlés, sérieux et brillant dès que l’artiste touche au clavecin.

Lorsque Jean Rondeau dit à ses spectateurs : « J’imagine le chant et la danse alors que je ne sais ni chanter ni danser », on le croit presque. Il a sans doute bien des talents cachés. Ce qui frappe en premier, c’est son sens inné et très particulier de la respiration et du timing.

Dès le Prélude et fugue BWV 895 on découvre un artiste qui goûte chaque note, galbe et sculpte les phrases presque comme le ferait un pianiste romantique. Jean Rondeau écoute et apprécie visiblement le clavecin Keith Hill d’après Ruckers, qui donnera à ses rappels — Les Sauvages de Rameau et l’étonnante Marche des Scythes de Pancrace Royer — une félinité que ne permet pas tout à fait l’opulent clavecin historique de son récent disque intitulé Vertigo.

Sous ses atours de bon nounours qui jouit de la musique, Jean Rondeau est un musicien sérieux et structuré comme en témoignent l’implacable Concerto italien, le volubile et libre Prélude et fugue BWV 894 et les gradations parfaites de la Chaconne.

Les spectateurs n’ont assurément pas regretté leur soirée et cette vraie et heureuse découverte. Prochaine occasion de voir le phénomène : mars 2017 avec Bernard Labadie et Les Violons du Roy, un partenariat qui risque de faire date.

Récital Jean Rondeau (clavecin)

Bach : Prélude et fugue BWV 895, Fantasia de la Partita en do mineur BWV 997, Suite française n° 2, Prélude et fugue BWV 894, Fantaisie en do mineur BWV 906, Concerto italien. Chaconne de la Partita pour violon n° 2 (transcription Brahms). Présenté par la Fondation Arte Musica dans la série Jacques-Dansereau à la Salle Bourgie, jeudi 7 avril 2016.


 
1 commentaire
  • Ginette Masse-Lavoie - Abonnée 8 avril 2016 01 h 42

    Oui,très belle découverte!

    Ça valait plus que la peine de braver la forte pluie pour entendre le clavecin d'une autre façon. Découvrir ce jeune musicien seul, jouant d'un instrument avec lequel il semble en communion, en conversation, et dans cette salle si particulière où les gens écoutent vraiment! Un concert dont on revient heureux, satisfait. J'ai suivi votre conseil et je n'ai aucun regret,ou plutôt un petit, j'aurais espéré plus de monde.Juste 444 places à remplir et pour un tarif tellement raisonnable!
    G.M.Lavoie