Arthur H au Cabaret Music-Hall - Mais où sont donc passées les oreilles?

Arthur H, hier au Cabaret Music-Hall, faute de montrer ses oreilles, a laissé parler ses mains.
Photo: Jacques Grenier Arthur H, hier au Cabaret Music-Hall, faute de montrer ses oreilles, a laissé parler ses mains.

Elles étaient sous les cheveux, j'aurais dû y penser. Les lobes dépassaient un peu. Il m'a quand même fallu un moment pour les trouver. Il faut dire que je ne savais pas ce que je cherchais: je savais seulement qu'il manquait quelque chose au portrait d'Arthur en ce jeudi soir de première montréalaise au Cabaret Music-Hall. Obnubilé que j'étais par ces lunettes d'aviateur plus larges que son visage et cet accordéon rouge plus large que son corps, pour ne rien dire de son smoking et son noeud papillon qui lui donnaient, à lui et à ses trois musiciens pareillement attifés, des allures de garçon de café distingué, je me demandais ce qu'il y avait de si changé chez Arthur H. Et puis ça m'est venu à la fin de Chérie, peut-être bien parce qu'il s'agissait d'une chanson des débuts, au temps déjà lointain du Bachibouzouk Band: il manquait les oreilles! Pardi! Les splendides oreilles décollées, ces fabuleuses oreilles en chou-fleur dont Arthur H se servait auparavant afin de quitter terre, avaient disparues sous la tignasse ébouriffée. De sorte que l'Arthur demeurait au ras des pâquerettes, tel Dumbo estropié. Drôle d'impression.

Heureusement, quitte à ne pas quitter terre, Arthur et ses sbires en smokings se sont rabattus sur le groove. En formation basse-batterie-guitare, avec Arthur au clavier ou à l'accordéon, c'était parfait pour le groove. Il n'y avait qu'à bien l'enclencher, le verrouiller («lock in», comme disent les Angliches), et puis le tenir. Dès la chanson d'entrée, Une rose pour Madame X, c'est ce qui s'est passé: rythme contrebasse-batterie bien accroché, tout a suivi, la guitare avec sa pédale wah-wah, Arthur avec ses accords mystérieux puis sa voix de grotte de Lascaux. La Lune, Nancy & Tarzan, Chérie, c'était comme si la même chanson se poursuivait, avec des variantes mélodiques. Toutes au service du groove.

Et puis Arthur a enlevé ses lunettes et déposé son accordéon, et puis s'est assis au piano électrique, le temps d'une relecture toute tendre de la délicieuse Chem Cheminée de Mary Poppins, comme quoi le groove n'est pas tout dans la vie: il y a aussi les comédies musicales de Walt Disney. Touchant moment un brin gâché par la rumeur ambiante: ça causait fort au parterre. La question se posait à nouveau: où étaient donc passées les oreilles... des spectateurs? Sous la tignasse d'Arthur, elles aussi? Mais non. Ces gens-là sont trop habitués à que la sono enterre leur babil, voilà tout.

Arthur H, pas démonté, a enchaîné avec un titre de tantine Brigitte Fontaine, langoureux Hollywood. Lily Dale et son petit «beat box», puis Avanti! avec son rythme à la Poinçonneur des lilas, ont clos la première partie. Malheur, c'était déjà l'heure d'aller écrire. Restait au programme toute la deuxième partie et les salves de rappels: moi qui faisais dans mon froc rien qu'à savoir qu'Arthur allait chanter Nue au soleil de Brigitte Bardot, j'étais bien marri, voire un peu mouillé. Il me faudra retourner au Cabaret ce soir, ou alors revivre ça dans le confort de L'Outremont, le 13 ou le 14 février. Toutes oreilles déployées.