Le cinéma-vérité de Philippe Katerine

Avec son disque «Le film», voici le Philippe Katerine attendrissant, mais toujours pétillant d’esprit, avec un soupçon d’humour absurde.
Photo: Éric Garault Avec son disque «Le film», voici le Philippe Katerine attendrissant, mais toujours pétillant d’esprit, avec un soupçon d’humour absurde.

Recevoir un nouveau Katerine, c’est ouvrir un sac à surprises. Après s’être vautré dans le rock dégoulinant avec les musiciens du groupe The Recyclers, après avoir touché au succès populaire avec l’album dance Robots après tout (2005), tâté de la variété avec son tube La banane puis s’être balancé entre pop et électro avec les collègues SebastiAn et Chilly Gonzales, l’énergumène offre aujourd’hui un disque de chanson épurée, Le film, oeuvre tendre, intimiste, mais forcément décalée, comme quoi on ne se réinvente jamais tout à fait.

Mais d’abord, parlons politique, puisque, avant que la sortie de ce nouvel album studio nous ramène le musicien à l’avant-scène, plusieurs de ses fans avaient sa musique en tête ces dernières semaines. « Ah oui ? » s’enquiert-il. Ah oui. Qui n’a pas fredonné le refrain de la chanson Marine Le Pen lors de la catastrophique visite chez nous de la leader du Front national ?

« Oh, bien sûr que cette chanson était politique », commente Katerine, joint par téléphone dans les bureaux de sa maison de disques, à Paris. « Tout est politique de toute façon, même lorsqu’on n’en parle pas. Surtout lorsqu’on n’en parle pas. Évidemment, j’avais en tête la portée politique — ce qui est un sujet extrêmement pénible à aborder dans une chanson, d’ailleurs. Mais c’est une chanson malaisante, avant tout. J’aime bien avoir une chanson malaisante comme ça, sur mes disques. »

Malaise et politique

Puisqu’on est sur le sujet, du malaise comme de la politique, prions pour que soit présenté sur nos écrans Gaz de France, le nouveau long métrage déjanté du réalisateur Benoît Forgeard (musique de Bertrand Burgalat) qui met en vedette notre Philippe Katerine dans le rôle… du président de la République ! Un rôle apparemment écrit sur mesure pour l’acteur et musicien, qui a déjà joué dans une quinzaine de films, parmi lesquels le Gainsbourg, vie héroïque de Joann Sfar.

« Il s’agit d’une espèce de fable, explique Katerine à propos de Gaz de France, une fable liée à la politique, puisqu’on y essaie de redresser un président dans une phase difficile pour sa popularité. » Tiens donc, quel sens du timing.

« Ça se passe dans les entrailles du gouvernement, en tout cas du pouvoir, comme si on était, hum, dans un intestin. Car, vous savez, tout est intestinal… Et moi, je joue un président à moitié inconscient de ce qui lui arrive. C’est un petit bijou — j’adore ce film ! »

Et nous, Le film, ce onzième album studio du trublion de la chanson. Chaque disque de Katerine est un sac à surprises, écrivions-nous. La première est purement technique, et concerne la prise de son : on croirait ces chansons improvisées sur place, captées en une prise à l’aide d’une simple enregistreuse, voire un téléphone portable posé sur le piano droit.

Cette apparente fragilité est voulue : « Je n’avais pas envie d’un studio, d’un environnement professionnel, croiser les collègues à côté de la machine à café, explique Katerine. J’ai composé mes chansons chez moi, puis je suis allé enregistrer dans l’appartement de mon ami Julien Baer », également auteur-compositeur-interprète. « On a fait ça le plus simplement du monde. J’enregistrais comme ça en direct ; les erreurs, les hésitations, je les ai laissées. » Lorsque d’autres amis rendaient visite, ils étaient invités à participer ; on les entend surtout sur la seconde moitié du disque, plus orchestrée, jazzée.

Candeur

La seconde surprise est de l’entendre se révéler avec tant de candeur, ressassant ses souvenirs de jeunesse ou adressant une touchante lettre à son père. Après le Katerine fluo, le Katerine qui pastiche, qui rock, qui baisse et qui remet le son (Louxor j’adore), voici le Katerine attendrissant, mais toujours pétillant d’esprit, avec un soupçon d’humour absurde.

« Chacun a son propre film, explique l’auteur-compositeur-interprète à propos du titre et de l’esprit de ce nouvel album. Le film de sa vie, qu’on joue et dirige soi-même, en caméra subjective. Un album est toujours un peu une photographie d’un moment de sa vie ; celui-ci serait un peu une sorte de

L’image frappe, pour qui s’est attaché à l’oeuvre de Philippe Katerine. On le croit sans cesse en train de jouer un personnage — sinon, on se gratte la tête en se demandant s’il était vraiment aussi étrange dans la vie que sur scène, ou dans ses vidéoclips, comme ce clip annonçant la sortie de l’album, où on le voit en pyjama pianoter innocemment quelques-unes de ses nouvelles chansons. Cette fois, on a plutôt l’impression d’entrer dans l’intimité, dans la vie personnelle de l’homme derrière le masque.

« Vous savez, il y a toujours eu un peu de moi dans chacun de mes albums, dit Katerine. Même jusqu’à filmer les gens qui m’entourent, les faire chanter aussi. Se placer entre fiction et réalité. Quant à l’image que je projette, je ne sais pas si je suis “à côté de la plaque”, comme vous dites, mais… Vous savez, Philippe Katerine, ce n’est pas mon vrai nom ; or, je me permets effectivement de faire des choses en Katerine que je ne ferais pas sous mon vrai nom, pour ainsi dire. Des excès de violence, des excès de joie, des choses comme ça. Je suis plutôt timide dans la vie, vous savez… »

Ce disque, Le film, c’est du bon Katerine… comme vous ne l’avez jamais vu.

Le film

Katerine, Wagram