L’année du chaâbi

De gauche à droite: Uncle Fofi, Nassim Gadouche, Meryem Saci et Karim Benzaïd
Photo: André Rival pour les Productions Nuits d’Afrique De gauche à droite: Uncle Fofi, Nassim Gadouche, Meryem Saci et Karim Benzaïd

Depuis jeudi soir, la 24e édition du Festival de musique du Maghreb est en cours. Après une première soirée placée sous le signe des « 30 ans du bled à Montréal », on accorde le devant de la scène du Théâtre Fairmont au chaâbi en offrant « La nuit du chaâbi », ce vendredi, et « Mon frère » de Karim Saada, le lendemain. On présentera le genre sous toutes ses formes et on le mariera avec le gnawa, les rythmes berbères et même l’humour. Entrevue avec Karim Benzaïd, Nassim Gadouche, Meryem Saci et Uncle Fofi, des artistes participant au festival.

« Cette édition du festival est un peu spéciale parce qu’on y retrouve des groupes qui ne sont pas forcément les mêmes que ceux des éditions précédentes », affirme Karim de Syncop, qui rassemblait jeudi les artistes autour du raï, du gnawa, du chaâbi et des nouvelles aventures maghrébines à Montréal. « On célèbre aussi ce qu’est devenue la communauté artistique de Montréal, c’est-à-dire le fruit du métissage, un éclectisme avec un vecteur très cohérent qui passe aussi par le rattachement au pays, parce que la musique a aussi évolué au Maghreb. »

Et le chaâbi ? Karim Saada, le maître d’oeuvre de la soirée « Mon frère », l’avait fort bien expliqué en entrevue en 2009 : « C’est un genre créole, un mélange de berbère et d’arabe, mais il a commencé à Alger. Il est issu de la musique andalouse qui est classique et qui se jouait à la cour pour les rois et les reines. Le chaâbi a révolutionné l’andalou, en gardant ses modes, mais en faisant appel à des poètes indépendants, des poètes populaires, qui s’exprimaient en algérien plus qu’en arabe classique. Le chaâbi n’est toutefois pas une musique de rue et sa poésie est très bien écrite. »

Uncle Fofi, l’humoriste qui est derrière le Couscous Comedy Show, y va d’une belle image pour décrire le genre : « Si on ferme les yeux et que, en entendant du flamenco, on se rappelle un voyage à la vieille ville de Séville ou de Grenade, on ressent la même chose pour la casbah d’Alger en écoutant du chaâbi. C’est comme des notes ancrées dans les murs de cette petite cité. »

Pour « La nuit du chaâbi », Rafik Abdeladim assure la direction artistique d’un orchestre de huit chaâbistes qui accompagnera trois interprètes : Achour Zanoutene, Nassim Gadouche et Meryem Saci, de Nomadic Massive. Nassim Gadouche en parle : « Achour est dans le chaâbi kabyle, et moi, je fais les deux : kabyle et arabe. Les deux se font avec les mêmes modes, mais le chaâbi kabyle est plus folklorique, plus rythmé que le chaâbi algérois, qui est un peu plus calme, quoique rythmé aussi. »

Et Meryem Saci, cette jeune grande voix encore trop méconnue qui, en apparence, vient d’un tout autre milieu, avec le hip-hop et la soul. Elle qui travaille actuellement sur son premier disque, comment s’adapte-t-elle au chaâbi ? « La première fois que j’ai chanté le chaâbi, c’était pour le film Montréal la Blanche, alors que j’ai prêté ma voix à l’actrice principale qui chante à un moment. J’étais l’apprentie de Nedjim Bouizzoul de Labess et j’ai eu quelques semaines pour downloader cette culture. J’avais peur parce que je ne suis pas quelqu’un qui aime prétendre faire quelque chose qui n’est pas naturel, et je respecte beaucoup l’authenticité de la performance. Le faire parce que je suis algérienne, c’était pas assez pour moi. Je voulais vraiment entrer dans ce monde, ça fait partie de moi. »

Reste la soirée « Mon frère » du chaâbiste Karim Saada, qui regroupe Berbanya avec ses rythmes kabyles, Rachid Tidjiani de Salamate Gnawa, Mohamed Masmoudi, ce maître montréalais de l’oud, la danseuse orientale Houria et Uncle Fofi, qui introduira les artistes à travers de petits sketchs. Un couscous de chaâbi au pluriel, en somme.

Le Festival de musique du Maghreb

1er et 2 avril au Théâtre Fairmount