Jean Rondeau, claveciniste mais pas carriériste

Jean Rondeau a remporté le trophée Révélation aux Victoires de la musique classique en 2015.
Photo: Édouard Bressy Jean Rondeau a remporté le trophée Révélation aux Victoires de la musique classique en 2015.

Impossible de ne pas le remarquer. Avec sa coiffure qui a l’air d’avoir subi la dernière grande tempête sur les côtes bretonnes, Jean Rondeau attire les regards. À l’observer de plus près, on se rend compte qu’il est claveciniste. Et à voir son calendrier, qu’il jouera Bach à la salle Bourgie ce jeudi.

Son premier disque, chez Erato, était consacré à Bach. Il avait pour titre Imagine et nous avions écrit, en mars 2015, à son sujet : « L’imagination n’a pas de limites ; ce disque non plus », tant et si bien que nous avions sélectionné Imagine parmi les dix grands CD de l’année 2015. Imagine contient une grande partie du programme que Jean Rondeau proposera jeudi aux mélomanes montréalais.

Jean Rondeau, 24 ans, est déjà venu au Québec, au Domaine Forget, en 2014, avec Jean-Philippe Tremblay et l’Orchestre de la Francophonie, pour un Concerto pour clavecin de Martinu. Le Français avait aimé l’expérience : « Une très belle salle avec une acoustique incroyable. » Il accueillerait « carrément avec plaisir » une nouvelle invitation dans Charlevoix.

Un début de carrière fulgurant

Jean Rondeau s’est signalé par sa victoire, à 21 ans, au Concours de Bruges 2012, une référence pour les clavecinistes. Après Bruges, il y eut les Victoires de la musique classique, dont il remporta le trophée Révélation 2015.

« Les choses se sont plutôt bien passées pour moi », reconnaît Jean Rondeau au Devoir, mais, ajoute-t-il, « je n’ai pas fait de démarche particulière pour cela ». La finale du concours, il l’a envisagée comme un concert : « Plus on travaille, plus on essaie de progresser. Et plus on avance, plus on va aller quelque part avec le public. » Cet intérêt qu’il suscite, il n’a « pas envie de croire que c’est juste une question de mode ».

La Victoire de la musique ne lui a personnellement rien apporté, mais « a permis de faire découvrir le clavecin à un plus grand public ». Lui-même a pu « accéder à des festivals moins spécialisés ». Il trouve que c’est une opportunité pour le clavecin, instrument que « beaucoup de gens n’ont pas entendu ». Jean Rondeau pense en fait que l’instrument fait partie de l’équation quant à la curiosité qu’il suscite : « Si j’avais joué du piano, du violon ou de la clarinette, je ne sais pas sij’aurais été primé aux Victoires. »

Après Bruges, les concerts donnés par Jean Rondeau ont intéressé l’étiquette de disque Warner et son patron, Alain Lanceron. « Il a vu que j’avais des projets et m’a fait confiance », dit Rondeau, reconnaissant.

Un art à part entière

Chose étonnante pour un jeune artiste, Jean Rondeau a un respect du disque devenu assez rare de nos jours. « On utilise beaucoup le disque comme un moyen de promotion », reconnaît le claveciniste, qui voit cependant un enregistrement comme « un art à part entière ». Un art « qui a un siècle d’existence » ; un art « passionnant, riche et fort ». « Je veux que cela parte d’une envie et que ça aboutisse à un objet. De cette envie jusqu’à la fin, mon ambition est de raconter une histoire pour les gens qui écouteront le disque d’un bout à l’autre. » S’assignant la mission de raconter une histoire, l’artiste se doit de se demander « comment il raconte, comment il attise la curiosité des gens ».

Toute cette démarche semble extrêmement préméditée. Jean Rondeau a-t-il donc un plan de carrière si prémédité ? « Le mot “ plan ” implique l’idée de stratégie et je suis le dernier des stratèges. En revanche, j’ai un plan de travail comme un artisan, à essayer tous les jours d’avoir un rapport honnête avec la musique. »

« Avancer pour être le plus honnête possible », l’idée revient souvent. « La musique est un lieu où la malhonnêteté n’a pas sa place. On ne peut pas être faux en musique. Je pars de ce principe et j’essaie d’être le plus intègre possible en me posant la question : “ Pourquoi je fais de la musique ? Pour qui ? Et comment ?  »

Le disque qui vient après Imagine s’intitule Vertigo. Il « est parti de l’idée d’enregistrer la musique de Rameau et Royer », et « comme ce sont deux compositeurs d’opéras, le thème s’est articulé autour de l’opéra ».

Pour Jean Rondeau, le disque est comme un arbre : « Le tronc c’est l’envie, les branches ce sont des idées qui se recoupent » et juge qu’« un disque — une finalité à la démarche longue — peut aller très loin en matière d’idées et de développement philosophique ».

Cet artiste, dont les pulsions musicales partent de « quelque chose d’assez animal et instinctif »,est décidément un personnage qu’on a vraiment envie de découvrir sur scène jeudi.

Jean Rondeau

En concert à la salle Bourgie, jeudi 7 avril. Programme Bach. Billets : 514 285-2000, option 4. En disque : «Imagine» (Bach) et «Vertigo» (Rameau et Royer) parus chez Erato.