Half Moon Run, ou le sentiment d’honnêteté

Isaac Symonds, en avant-plan, avec Dylan Philips et Conner Molander derrière. Devon Portielje, absent sur la photo, complète Half Moon Run.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Isaac Symonds, en avant-plan, avec Dylan Philips et Conner Molander derrière. Devon Portielje, absent sur la photo, complète Half Moon Run.

Au fond, Half Moon Run n’avait rien à vendre en discutant avec Le Devoir. Certes, le populaire groupe rock s’apprête à monter quatre — quatre ! — soirs consécutifs sur la scène du grand Métropolis de Montréal, du 1er au 4 avril, mais les billets se sont envolés à la vitesse de la lumière dès leur mise en ligne, il y a plusieurs mois. Rien à vendre ? C’est un peu pour ça qu’on est allé les rencontrer, question de dresser l’état des lieux.

Cinq mois après la parution de Sun Leads Me On, c’est d’ailleurs sur la même terrasse de la même (énorme) chambre du même chic hôtel du centre-ville montréalais que nous reçoit Isaac Symonds, percussionniste et aussi polyvalent musicien du groupe derrière les pièces Full Circle et Call Me In The Afternoon. C’est sur cette même terrasse que le groupe, complété par Conner Molander, Devon Portielje et Dylan Phillips, nous avait confié avoir vécu difficilement l’interminable tournée de leur premier disque Dark Eyes, avant de pondre un deuxième disque foisonnant, sans tube radio évident.

Derrière ses lunettes fumées, Symonds admet que Sun Leads Me On prend vie comme un album entier, pas comme une suite de chansons fortes, même s’ils savaient que, à défaut d’être une bombe FM, la pièce Turn Your Love serait le premier extrait radio de l’album.

Toutes ces nouvelles chansons ont été testées sur scène dans les derniers mois, alors qu’Half Moon Run a beaucoup voyagé. « Il y a un sentiment de grande… honnêteté quand on les joue, raconte Symonds. Quand je monte sur scène, je peux encore assumer la musique qu’on a écrite. Et ça part un peu de l’idée que, quand on fait l’album en studio, on n’ajoute pas de parties impossibles à jouer sur scène, on se limite pour que ça puisse vivre devant le public. »

Ce qui n’empêche pas que les quatre musiciens doivent parfois se surpasser en jouant des lignes complexes, en changeant rapidement d’instrument ou même en en jouant plus d’un à la fois. « Disons qu’il y a des moments plus stressants, rigole Isaac Symonds. Par exemple, un beat de batterie pas mal plus difficile, où je dois me concentrer sur ce que Dylan joue. L’avantage, c’est qu’on fait tellement de spectacles que ça devient presque anodin de jouer ces bouts-là. »

 

Des surprises

Half Moon Run a été surpris de la réaction du public à l’écoute de quelques chansons de son dernier disque, dont Everybody Wants, une pièce en crescendo qui commence tout doucement. « Quand on la joue live, la plupart du temps, les gens se taisent et la salle devient calme, c’est assez surprenant les premières fois. Elle capte l’attention des gens, c’est un beau moment à vivre ! Même chose avec Devil May Care, tout le monde a tendance à se calmer pour celle-là. Et, à l’opposé, une chanson comme Consider Yourself, j’ai toujours su quand on l’écrivait que ce serait génial sur scène, et ce l’est ! On la met à la fin du spectacle, tout le monde capote, et nous aussi ! »

Le groupe s’est appliqué, dans les derniers mois de tournée, à peaufiner l’ordre des chansons jouées, pour « trouver le meilleur flot », explique Symonds. « Des fois, on virait à 180 degrés, mais on a adopté une séquence plutôt similaire depuis un certain temps, on change quelques titres selon le pays où on est. »

Ah bon ? Il y a des différences selon où l’on est dans le monde ? « Quand même. Je dirais que certains pays ont tendance à être plus calmes, d’autres plus bruyants. Comme en France, si je généralise, le public est attentif, et quand la chanson se termine, tout le monde est fou. Et quand on est aux États-Unis, ben, tout le monde est juste bruyant tout le temps ! »

À la maison

Montréal reste un endroit très spécial pour Half Moon Run, raconte Isaac Symonds. « Quand on a mis les billets en vente, ça s’est vendu en un claquement de doigt, même que le site est tombé en panne, il y avait trop de trafic ou quelque chose du genre. On s’est senti fier. Et tu vois, à Montréal, c’est le genre de show où l’ordre des chansons n’est pas important, parce que tout le monde va chanter tout le temps ! »

D’ailleurs, la mère du musicien originaire de la Colombie-Britannique sera dans la métropole québécoise pour voir son fils jouer. « Elle a seulement vu un de nos spectacles, dans un petit bar à Victoria, et je pense qu’elle ne réalise pas comment ça va être fou au Métropolis. Je lui ai dit de porter des écouteurs, des bouchons, ou quelque chose pour cacher les cris ! »

Essayer de dire non

Half Moon Run a entamé la tournée de son deuxième disque avec la volonté de s’économiser davantage, en dispersant un peu plus les concerts afin de pouvoir se reposer. Et le choc de la réalité ? « C’est un processus, on apprend à le faire, dit Isaac Symonds en grimaçant un peu. Il y a quelques tournées un peu trop longues vers la fin. » En fait, dire non reste un acte difficile. « Chaque offre que “ Oh, voici une chance incroyable, il faut que vous fassiez ça, ça va être bon pour votre carrière. ” On aimerait faire toutes les villes, mais il faut réaliser que notre santé et notre moral, en fait, sont précieux. Ça permet plus aisément de rester actif longtemps, et ça permet d’être meilleur. Sinon, on finit par y donner la moitié de son coeur, et qui veut voir ça sur scène ? »

Half Moon Run

Au Métropolis de Montréal, du 1er au 4 avril